CyHi the Prynce « No Dope on Sundays » @@@@½


Ce fut la stupeur générale lorsque CyHi the Prynce a balancé en 2015 le diss « Elephant in the Room« , s’en prenant aux personnalités de chez G.O.O.D. Music. Coup de bluff ou coup de pub? Le rappeur calmera vite les spéculations en déclarant qu’il s’agissait d’un titre à prendre au second degré, pour faire parler. Une plaisanterie? À moitié puisqu’il a claqué la porte de Def Jam pour différends artistiques. On comprend parfaitement la frustration de l’attente de la part de ce lyriciste hors-pair que Kanye West prenait par l’épaule et pour qui il a écrit de nombreux succès, pour Yeezus notamment. Novembre 2017 son premier album No Dope On Sundays sort enfin chez Sony, une semaine plus tard on apprendra que CyHi avait également quitté G.O.O.D. Music… tout en en faisant la promotion.

Effectivement, celui qu’on a découvert en 2010 sur « So Appaled » (quel baptême de feu aux côtés de Kanye, RZA, Jay-Z et Pusha T) avait beaucoup de choses à raconter vu comment il utilise à bon escient les 72 minutes de No Dope On Sundays. Comme on pouvait s’y attendre avec ses mixtapes, Cydel Young fait partie d’une lignée presque éteinte de rappeurs conscients, très centré sur les racines afro-américaines (ce qu’on verra par la suite). C’est aussi le genre de rappeur à apparaître très discret en featuring et qui ne sera pas disque d’or avant je-sais-pas-combien-d’années. La foi a une place importante sur cet opus, c’est inscrit sur la pochette. Sur « Amen« , introduction fleuve, il profite même du troisième couplet pour citer ses 10 commandements. Et arrive juste après « No Dope on Sundays » (avec King Push), pas de conneries le jour sacré de la semaine, qu’on écoute religieusement.

Kanye West est le producteur exécutif de son album, bien qu’aucune production ne soit à son nom, ou alors une poignée conçue par quelques membres de son équipe de G.O.O.D. producers (Charlie Heat, Anthony Kilhoffer). La main est laissée principalement à des noms peu connus comme Mark Byrd, Edsclusive, Novel et Brandon Black, et ils sont vraiment doués. Kanye est simplement là pour diriger ce son hip-hop moderne, c’est-à-dire avec des éléments traps mais toujours avec des samples, ce qui se confirme avec « Get Yo Money » (garni de scratches), « Movin’ Around » sur lequel CyHi utilise de l’autotune et ScHoolboy Q semble bien sobre, « Trick Me » avec 2 Chainz jusque « Dat Side« , avec Mr West justement, dans son rôle d’artiste extravagant qui adore prendre les contrepieds. Comme dit, le sample, certains que l’on connaît déjà, ont une place significative sur les instrus. Un petit air de « Searchin‘ » de Roy Ayers est rejoué pour apporter de la chaleur sur « God Bless Your Heart« , « Don’t Know Why » avec les Jagged Edge sample « Living Inside Your Love » Earl Klugh, les influences reggae de « Murda » viennent de Ini Kamoze (qui a inspiré « Welcome to Jamrock » de Damian Marley) et, séquence émotion, « Closer » reprend le même sample que le classique G-Funk « Nobody Does It Better » de Warren G & Nate Dogg (« Let’s Get Closer » d’Atlantic Starr).

Après le milieu de l’album, les choses prennent une tournure plus soul/r&b, une direction astucieuse pour regagner en intérêt et là encore le rappeur fait des merveilles. Sur « Looking For Love« , il manipule l’autotune pour apporter avec des vibes à la Ty Dolla $ign. Sur le sublime « Free » joue la carte de la nusoul, du velours avec ce saxophone et la voix féminine qui plante, alors que « 80’s Baby » utilise un beat plus rude adouci par la présence de BJ The Chicago Kid. En soi, « Nu Africa » peut être considéré comme soul d’un certain point de vue. Ce single très intéressant et roots refait le monde sur la carte de l’Afrique en citant les différents pays du continent, le tout sur un sample que l’on devine d’origine afrobeat. Et c’est presque sur un titre gospel ultramoderne que s’achève l’album avec « I’m Fine » en compagnie de Travis Scott, une conclusion qui ferait presque écho à « I’m Good » de Kanye.

Avec peu de doute, No Dope On Sundays est le meilleur album qu’aurait pu sortir G.O.O.D. Music depuis bien longtemps. Tout dans cet album reprend l’esprit, l’esthétique et les valeurs que le label portait dans les années 2000. CyHi the Prynce confirme tout le talent qu’on lui louait et nous on peut enfin dire « alleluia ». Merci à lui, et à Kanye West a très bien dirigé ce projet, ce qui est un indicateur grandement rassurant pour les futures sorties à venir.

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