Vince Staples « Summertime ’06 » @@@@½


L’EP Hell Can Wait qui a mis un coup de chaud automne dernier n’était qu’un prélude, une porte d’entrée grande ouverte vers l’enfer qui s’abat sur Summertime ’06. Les températures caniculaires ne sont pas due à des conditions anti-cycloniques exceptionnelles, c’est bien  à cause de ce double-album.

Vu que j’ai déjà présenté Vince Staples sur la chronique de l’EP, on va passer directement au disque 1. Enchaînement « Lift Me Up » et « Norf Norf« . Choc stylistique. Basses électroniques d’une noirceur impénétrable et rythmes métalliques, mélodies synthétiques réduites à leur plus simple expression, d’où émane l’odeur du goudron brûlant des rues de Long Beach. Et un jeune rappeur affamé au flow acrobate qui dépeint avec une encre tout aussi noire et épaisse que ce goudron son vécu dans la Cité des Anges. Parce que Vince est comme Kendrick Lamar, un ‘good kid in a mad city’. La tension est d’un autre niveau par rapport à Hell Can Wait qui était chaud bouillant à la base. Hormis le fait qu’ils sont tous les deux des talents purs et originaires de LA, les analogies s’arrêtent là. Rien qu’avec ces deux morceaux les principaux sujets sont déjà traités  comme la drogue, le désespoir, les jeux de chats et de la souris avec la police, la criminalité, les scènes meurtres… L’atmosphère est vite irrespirable. Et ces rimes gonflées qu’il sort sur « Norf Norf » au début du 3e couplet: « Nate Dogg still here cause of niggas like me/Police still scared cause of niggas like me ». 

Vince Staples nous bombarde d’images et de visions en noir et blanc sur les autres morceaux: des corps sans vie sur « Birds & Bees« , la vie de dealers (« Dopeman« ),… ce qui prouve ses compétences de lyriciste. Le responsable de ces beats monstrueusement sombres n’est autre que son mentor, No ID. Hé oui, on parle bien du producteur du classique Resurrection de Common, ainsi que Nobody’s Smiling, toujours de Common, où No ID avait opéré un virage stylistique qui prend toute son ampleur avec cet enfant des Clipse, tant dans l’état d’esprit que musicalement. D’autres producteurs sont à la manoeuvre, dont DJ Dahi et Clams Casino. La trap est injectée par endroits, le plus parlant étant sur le single « Senorita » avec Future au refrain (c’est bien lui bien que non crédité), tandis que le downtempo bassy de « Lemme Know » s’apparente à du dub. « Jump Off The Roof » fait froid dans le dos (une autre forme de sueur) avec ces choeurs cauchemardesques et « Summertime » rétablit un calme précaire sur un instru très lent de Clams que Mac Miller aurait bien chipé. Et je n’ai parlé que du 1er disque.

2e galette et rebelote : à peine le temps de reprendre son souffle qu’on replonge profondément dans les abîmes des rues de Long Beach avec la suite de « Ramona Park Legend » comme si c’était une prison à ciel ouvert où il faut parfois plus se méfier de ses pairs que des flics, comme le rappe Vince sur « Street Punks » (« I ain’t worried about the police/I ain’t worried about these little niggas talking about they hold heat/I ain’t stressing going broke/I don’t never leave the residences alone, keep it on me »). L’auditeur est noyé dans cette violence omniprésente (« Get Paid« , « Hand’ N Bang« ) et la musique maintient cette tension explosive, sauf sur « Might Be Wrong« , un titre 100% chanté avec la voix retravaillée caractéristique de James Fauntleroy en fond.

Dense, opaque et incroyablement brillant, voilà comment peut-on résumer Summertime ’06 de Vince Staples. On s’en souviendra de cet été, comme si c’était le dernier.

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