DJ Spinna « Sonic Smash » @@@@1/2


Tout le monde (moi inclus) se plaint depuis des années que la musique devient plastique, qu’il y a trop de daubes formatées à la radio. J’aime pas Johnny mais quand il chante « j’en ai marre d’entendre à la radio, les mêmes sons et les mêmes tempos », il n’a pas tort. Une solution existe pourtant pour nous prémunir des merdes qui peuvent arriver à nos oreilles afin d’éviter d’en avoir, de la merde dans les oreilles : les boules Quiès. Vous allez me dire : « et après quoi ? ce n’est pas un remède miracle qui va guérir le rap ». Sur quoi je vous répondrai : « Remplacez les bouchons par Sonic Smash et vous verrez que DJ Spinna possède un traitement très efficace et innovant, je l’ai moi-même testé et approuvé ». Il n’y a que le bouche-à-oreille qui fonctionne pour être au courant des bonnes sorties hip-hop méconnues du public.

DJ Spinna fluctue entre période électro-soul (Intergalatic Soul en 2006) et période hip-hop (Break Glass des Polyrythm Addict en 2007), Sonic Smash a été conçu en période hip-hop même si, vous verrez, des sonorités électro et des claviers font surface pour apporter une touche cosmique, la marque de fabrique de ce DJ de Brooklyn.
« C’est de l’électro-hop alors ? » me questionnera-t-on. Vous écouterez les pistes une à une et vous vous apercevrez par vous-même que non, pas tout à fait. De « Elemental » avec Sputnik Brown (un nom qui colle bien au côté ‘cosmique’ de Spinna justement) à « Still Golden » avec la femcee Tiye Phoenix, les beats sont résolument hip-hop, avec de temps à autres des phases de scratches foutrement bien exécutés. Les morceaux que je viens de citer sont parmi les plus sombres de Sonic Smash, le premier en particulier est flippant avec ces notes de clavier tremblantes. Des tracks comme « Call Me Señor », « Lights Out » et « More » font jaillir des rais de lumières dans nos esprits.
DJ Spinna sait combiner à la perfection des beats hip-hop avec des éléments futuristes et des mélodies du 3e type. C’est quand même fabuleux ce qu’il parvient à réaliser avec une MPC et un clavier ce producteur. Démonstration de son savoir-faire sur « New York (Duck For Cover ) » feat Jigmastas, où il s’approprie un micro-sample de l’intro de « Beat It » de Michael Jackson pour le réutiliser en une suite de notes. « Get On Down » feat AOK Collective est le morceau le plus ‘conventionnel’ avec son sample de trompettes mais il y a toujours quelque part des petits sons électroniques.
Je continue de répondre à la question de départ. Les nombreux MCs conviés sur ce projet sont hip-hop à souhait et remplissent largement leur office. En ne regardant que les plus connus d’entre eux : les membres des Polyrythm Addicts Tiye Phoenix et Shabaam Sahdeeq, John Robinson sur le « Lights Out ! » lumineux – c’est le cas de le dire –, Torae sur l’orbital « Lyrics is Back », Elzhi sur « More Colors » et Phonte des Little Brother sur le Soul Hop « Garanteed ». Qu’ils soient connus ou non n’a aucune importance à vrai dire, le plus important est leur performance au mic, celle qui vous garantit de leur talent et leur appartenance sans vous poser de question.
« Pour en revenir au terme de Soul Hop, c’est un autre terme pour dire hip-hop soulful ? ». On parle couramment de titre ‘soulful’ lorsqu’un sample de Soul apporte une forte empreinte de chanson black music d’une autre époque, souvent renforcé par un sample de voix. Ici la nuance avec ce qu’on considère comme du Soul Hop vous paraîtra plus claire en écoute « Garanteed » (de Phonte et Yahzarah) et « Melody » (avec Shabaam Sahdeeq) : des beats hip-hip mid-tempos, pas ou très peu de sampling, un soupçon de Nusoul finement psychédélique, une mélodie synthétisée, avec une alternance de rap et de chant, ambiance lounge ou tamisée… Ne cherchez pas la comparaison avec du rap/r&b de pacotille.

Ce qu’il faut savoir : pas de fusion hip-hop avec un autre genre de musique super à la mode, si ce n’est avec de la Nusoul pour faire de la Soul Hop. Sonic Smash est une œuvre très représentative du style de son auteur, la meilleure que j’ai pu entendre depuis Here to There en 2003. Une identité musicale très perceptible accessible à tous tout en étant avant-gardiste. Pas besoin d’aller chercher des Timbaland et des Neptunes hors de prix pour se faire plaisir.
En cadeau, DJ Spinna offre un superbe hommage à J Dilla sur la track cachée « Dillagence », accompagné de Phonte qui rechante des parties des classiques de Dilla des débuts à ses dernières sorties publiées.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. jay raw dit :

    très bon producteur, autant présent sur la scène House que Hip Hop, et excellent dj! il sort a chaque fois des morceaux de qualités.
    Merci pour la chronique, j’avais zapé la sortie de lalbum.

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  2. Crazy Horus dit :

    Un très bon album pour un Spinna pourtant assez méconnu dans le milieu et c’est dommage car il vaut le détour, notamment pour sa frénésie créatrice. Comme tu l’as bien dit, le son se rapproche de quelque chose de « psyché-spatio-electro-rap » qui risque d’en dérouter certains, mais on tout de même des titres à la production plus classique comme « Making Your Way ».
    A noter la présence de Fresh Daily sur « Get On Down » et qui vient de nous lâcher un premier album vraiment bon (je l’ai chroniqué sur mon blog). Merci pour ton avis posté au fait et très bonne chronique également ;)

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