Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Illa J « Yancey Boys » @@@@


Le 10 Février 2009 est le jour du troisième anniversaire de la mort de J Dilla. Des milliers de ‘RIP’ plus tard, sa musique demeure (et demeurera) à jamais ancrée dans le patrimoine hip-hop. Il était respecté et apprécié par de nombreux rappeurs, chanteurs ou producteurs, adoré par des millions de fans à travers le monde, au point que son style de production minimaliste fait école de nos jours presqu’autant qu’un Dr Dre ou DJ Premier.

Aujourd’hui, ses productions inédites s’arrachent comme des collectors. On se souvient l’année dernière qu’était sorti Jay Deelicious regroupant des remixes et morceaux inédits produits par Jay Dee entre 95 et 98, du temps de sa signature chez Delicious Vinyl. Ce qui est formidable avec cet artiste est que ses œuvres posthumes ont pratiquement été utilisées avec un immense souci de respect. Et qui d’autre de mieux qu’une personne légitimée par les liens familiaux de se voir léguer un lot de prods de Jay Dee jusque-là miraculeusement jamais entendues ? (Un miracle de nos jours de préserver des enregistrements aussi longtemps du piratage et téléchargement). Cette personne, c’est John Yancey alias Illa J, le frère de James Yancey de douze ans son cadet, qui reçoit un stock d’instrumentaux de Jay Dee antérieurs à 99. D’où le titre, Yancey Boys

 

C’est un coup de destin d’avoir réuni ‘en différé’ ces deux frères, l’un de manière posthume, ceci grâce à la générosité de Delicious Vinyl qui distribue cette sortie. Il est vrai que Illa J n’est pas trop connu du milieu hip-hop, il est jeune (21 ans), ilcommence à peine, normal de voir fuser des remarques du genre « il évolue dans l’ombre de son illustre grand frère » ou « il se sert de sa notoriété pour se faire connaître ». On sait tous qu’il n’est pas aisé de se faire connaître quand on dépend de quelqu’un dont l’aura légendaire est gardée intacte depuis les cieux. Mais les beats dont il dispose datent des environs de 97-98 on va dire, et à cette époque Jay Dee n’était pas connu comme J Dilla, juste comme un membre de The Ummah (avec Q-Tip et Ali des Tribe Called Quest), c’est-à-dire avant qu’il produise pour Amplified de Q-Tip et Fantastic vol.2 de son groupe Slum Village. Donc, d’un certain point de vue, c’est un bon point de départ pour Illa J de débuter avec les premières productions de son frère.

Il faut admettre que le principal intérêt de posséder Yancey Boys est de jouir de ces productions inédites de J Dilla. Son ancien style de prod, relativement lounge et merveilleusement soulful, ne paraît pas du tout suranné, loin de là. Pour vous donner une idée, c’est assez proche de ce qu’il réservait habituellement pour les Tribe ou Pharcyde mais dans un style plus jazzy, semblable à ce qu’on a attendu sur JayDeelicious. On croirait faire un bond dix ans en arrière mais comme le chante Illa J au tout début du disque, son œuvre est « Timeless », qui ne vieillit pas pour traduire. On ne peut pas lui donner tort : ce sont comme des bouteilles de vin issu d’une excellente année qui ont très bien mûri durant plusieurs années et dont les saveurs  et les parfums sont d’autant plus accentués une fois ouvertes. Personne ne s’en privera, c’est du très bon hip-hop. Ce ne sera pas la peine de décrire les impressions titre par titre, c’est si savoureux d’entendre ces sons de Jay Dee que je ne saurai en dire suffisamment. Mêlons en plus un brin de nostalgie et une atmosphère des plus agréables…

Maintenant que vous avez cerné l’ambiance de Yancey Boys, il faut parler de son auteur Illa J. Il est pas mal et il sait tout faire : écrire, rapper et chanter. Il avait juste à poser sur des compositions pré-existantes, ce qui ne paraît pas un exercice compliqué à priori. Il y a aussi ce trouble omniprésent, celui d’entendre ce timbre de voix proche de Dilla, un facteur expliqué par la génétique. Illa J a choisi « We Here » comme premier extrait, mais ce n’est qu’un titre parmi tant d’autres. Il aurait pu prendre « DFTF » ou « Sounds Like Love », ça aurait eu le même effet. Par contre, ça fait zarb’ d’entendre Guilty Simpson sur une ancienne prod de Jay Dee (sur « R U Listenin ? »), l’habitude de l’avoir entendu sur sa dernière évolution estampillée Stones Throw sans doute. 

 

Yancey Boys n’est pas forcément à considérer comme un album solo au sens propre. Illa J a bien sûr sa propre vibe, entre rap et nusoul, et ses textes partent de sujets libres, mais on n’a sans cesse l’impression que l’âme de Jay Dee le voile un peu de trop. Le point d’interrogation concerne l’avenir de Illa J justement, il faudra qu’il soit plus convaincant en tant qu’artiste, qu’il s’affirme plus sur la scène de Detroit s’il veut se faire un nom pour lui-même. Il doit progresser à tout prix. Pour le moment, il est encore inexpérimenté et la prochaine fois, il n’y aura peut-être pas des sons de J Dilla pour le cautionner (mais on espère quand même qu’il en reste en réserve !). Sinon, sautez absolument sur l’occasion si vous faites partie du fanclub de J Dilla, Yancey Boys se doit d’être dans votre discothèque ! 


5 réponses à « Illa J « Yancey Boys » @@@@ »

  1. Avatar de skocth & So'hda
    skocth & So’hda

    Cet album est trè trè réussi,l’ambiance y est géniale,hip hop et soulful.On se croirait assis dans son salon en sirotant un bon rhum.Nous ne pouvons souhaiter que illa j marche sur les traces de son frangin jay dee.

    J’aime

  2. […] Déjà, le titre Jay Stay Paid rend justice à J Dilla puisqu'il fait écho à Pay Jay, le fameux album solo annulé à cause de la faillite de la maison de disque MCA en 2003 (lire la chronique du bootleg pour plus d'infos). C'est sa mère, Maureen 'Ma Dukes' Yancey, qui est à l'initiative de ce projet et Pete Rock, l'un de ses maîtres, qui a géré la sélection des titres, en prenant comme concept celui d'un mix pour la radio KJAY FM. Quasiment la totalité des beats qui composent ce disque ont été créés peu avant la mort de J Dilla, sauf le single "See That Boy Fly" avec son jeune frère Illa J et Que D posant sur un beat éthéré et lounge. Illa J fut la seule personne au monde a avoir pu disposer en guise de leg tout un lot d'instrus de dix ans d'âge pour son album Yancey Boys (lire la chronique). […]

    J’aime

  3. […] Déjà, le titre Jay Stay Paid rend justice à J Dilla puisqu’il fait écho à Pay Jay, le fameux album solo annulé à cause de la faillite de la maison de disque MCA en 2003 (lire la chronique du bootleg pour plus d’infos). C’est sa mère, Maureen ‘Ma Dukes’ Yancey, qui est à l’initiative de ce projet et Pete Rock, l’un de ses maîtres, qui a géré la sélection des titres, en prenant comme concept celui d’un mix pour la radio KJAY FM. Quasiment la totalité des beats qui composent ce disque ont été créés peu avant la mort de J Dilla, sauf le single “See That Boy Fly” avec son jeune frère Illa J et Que D posant sur un beat éthéré et lounge. Illa J fut la seule personne au monde a avoir pu disposer en guise de leg tout un lot d’instrus de dix ans d’âge pour son album Yancey Boys (lire la chronique). […]

    J’aime

  4. Avatar de WDPK webzine

    Bonjour. Dilla est un de mes artistes favoris, et j’aime vraiment cet album Yancey Boys, je pense qu’il aurait été fier de son petit frère en entendant cet album.

    La production de Dilla est comme d’habitude incroyable, et la voix d’Illa J va très bien avec cette ambiance soulful.

    Personnellement j’ai hâte d’entendre des beats signés Illa J. Vu le temps qu’il a du passer à observer Dilla faire sa musique, je ne me fais pas de soucis, il va nous surprendre dans le bon sens du terme.

    J’aime

  5. […] Des milliers de ‘RIP’ plus tard, sa musique demeure (et demeurera) à jamais ancrée dans le patrimoine hip-hop . Il était respecté et apprécié par de nombreux rappeurs, chanteurs ou producteurs, adoré par des millions de fans à travers le …[Continue Reading] […]

    J’aime

Répondre à StreetBlogger » Jay stay in peace Annuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.