
En 2008, le rap Eastcoast et Westcoast sont entrés en récession mais deux irréductibles bourgades du nord des States résistent à la crise identitaire que connaît le hip-hop durant cette période creuse : Chicago et Detroit. Detroit qui connaît une nouvelle impulsion grâce à une famille de MCs plus que jamais soudée, entre autre depuis la disparition de J Dilla, et un producteur dont le talent n’a de cesse de s’accroître, Black Milk.
Juste avant que ce beatmaker hypertalentueux ne sorte Tronic, où il a incorporé des ‘algorythmes’ électro dans ses instrus pour donner le résultat énorme que l’on connaît, il a entièrement produit The Preface de Elzhi sorti à la rentrée chez Fat Beats Records. Elzhi, pour ceux qui ne le connaissent pas encore (et je ne les félicite pas), c’est ce MC incroyable par ses qualités lyricales repéré par Jay Dee (il participe pour la première fois officiellement sur Welcome 2 Detroit), qui l’a justement remplacé au sein des Slum Village à partir de leur album Trinity en 2002. Depuis ce temps-là, il est devenu l’un des meilleurs rappeurs de la scène de Detroit et un album solo se faisait attendre par les observateurs, pour finir bootlégué si mes souvenirs sont exacts.
Qu’à cela ne tienne, ce premier disque, The Preface, qui plus est produit par Black Milk (sans vouloir me répéter), c’est une petite bombe sonique.
Aucun doute sur la provenance de ces ondes dévastatrices, on retrouve cette atmosphère industrielle typique de Motor City. Les beats de Black Milk sont désormais reconnaissables par leur puissantes caisses et ces samples vaporeux et Elzhi fait des merveilles au micro, et c’est rien de le dire. Cette combinaison entre ce MC et ce producteur est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée pour le Hip Hop de cette ville depuis la mort de J Dilla et de Proof. Comme le disait Fat Ray et j’extrapole sa phrase à ma façon, ils représentent selon moi le nouveau son de Detroit.
Black Milk, très constant au niveau des beats, apporte une homogénéité sans pareille à cet LP, entre instrus lourds et épisodes soulfuls (comme le touchant « Save Ya » feat T3 et son sample de voix pitchée ainsi que « Talkin In My Sleep »), du travail gratifiant. Notre MC quant à lui a atteint un très, très haut niveau de lyricisme qui lui permet d’entrer dans le cercle fermé des poètes de rue d’exception qu’on oublie souvent de citer. Ecoutez avec une extrême attention « Guessing Game », chacune de ses rimes est une syllabe qui débouche sur un mot qui redémarre une autre phrase. Cela porte un nom bien spécifique en poésie mais j’ai complètement oublié le terme. Pas évident de départager qui remporte le prix de la meilleure plume entre lui et un Royce Da 5’9 plutôt nonchalant (à cause de la fumette) sur « Motown 25 », un autre morceau phare de Preface.
Je ne vais pas m’étaler sur chaque titre ou commenter les étonnantes capacités de storytelling de Elzhi, je m’attarderai simplement sur des tracks qui m’ont plu plus que d’autres, comme « Transitionnal Joint », agréable à écouter, « Colors » faisant écho à Ice-T et le braquage verbal « Hands Up ». Côté featurings locaux, non plus, on n’est pas en reste. Rien que le « Fire (remix) » avec la brochette de tueurs en série Danny Brown, Fat Ray, Guilty Simpson et j’en passe, fait une belle pièce du boucher, de même que « Yeah » avec Phat Kat. Et je ne parle pas des autres tracks que je ne cite pas, je résumerai en disant qu’elles sont du même calibre, faites-moi confiance. L’album ne s’essouffle point vers la fin, l’inspiration ne s’épuise pas et l’expiration de son phrasé se ravive à chaque barre, ce qui fait de « What I Write » un de ses plus beaux textes et « Growing Up » (avec le chanteur AB) une fenêtre sur son avenir à lui.
Plus besoin de qualifier Black Milk et Elzhi de rookies ou de prometteurs, ça fait un moment qu’ils ont dépassé ce stade. Rappel : The Preface d’Elzhi produit par Black Milk, à écouter de toute urgence. Prochain train prévu : Street Hop de Royce Da 5’9 produit par DJ Premier et Relapse d’Eminem, l’album du come-back en trombe. Ça met l’eau à la bouche immédiatement… Puis plus tard un nouvel album des Slum Village, recomposés avec Baatin ? Allez, s’il vous plaît !
(Chronique écrite le 11 Janvier 2009)

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