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Big L « Harlem’s Finest : Return of the King » @@@@


En mission pour faire revivre le hip hop des nineties, Nas a fait ressusciter le légendaire Big L dans le cadre de sa série Legend Has It. Tout le monde, ou presque, connaît le destin tragique de ce rappeur de Harlem, Lamont Coleman pour la carte d’identité, membre du crew des D.I.T.C., auteur du classique Lifestyle ov da poor & dangerous en 95 et co-fondateur des Children of the Corn, brutalement assassiné en 1999, alors qu’il était sur le point de signer un deal majeur chez Roc-A-Fella. La label Rawkus parviendra à sortir son album The Big Picture a titre posthume en 2000. Et voilà que 25 années plus tard, Nas et sa structure Mass Appeal réalisent un petit exploit en publiant un nouvel album posthume, un ultime hommage avec Harlem’s Finest : Return of the King.

« Harlem’s Finest » est une très bonne entrée en matière pour rappeler à quel point la fougue de Big L était très communicative au micro et capable de débiter sans discontinuer des rimes agressives et des punchlines incroyables. Son couplet est tiré d’un featuring sur un titre intitulé « NY Freestyle » paru en 99. Histoire de reprendre l’histoire là où elle s’est arrêtée… Son pote McGruff qui figure sur ce morceau scande haut et fort que Big L est dans le ‘top 5 dead or alive’, avant se reprendre et carrément dire dans le ‘top 3, fuck that’. Les featurings et freestyles de génie de notre légende de l’underground new-yorkais étaient tels, que personne n’osait le tester, et qu’ils ont pu servir de base pour ce dernier opus. Avec le single « u ain’t gotta chance », avec un instrumental qui inspire l’urgence, c’est le retour dans la ‘danger zone’, un terme que Big L utilisait souvent pour décrire son environnement létal (et pour cause…). La façon de Big L de prononcer ‘pol-ice’ a un écho très actuel quand on pense au forces répressifs de la ICE, la gestapo de Trump. Le couplet est cette fois tiré d’un freestyle passé chez le célèbre DJ anglais Tim Westwood en 1997 et Nas maintient le niveau avec un couplet qui prête à sourire lorsqu’il balance la rime « Making funny music, it’s doo-doo, caca« . Les enfants vont adorer, tout comme « Forever », avec un couplet posthume de Mac Miller (qui était fan de Big L). Un peu hors sujet et très contrasté comme featuring, mais on prend.

Le couplet de « RHN » est tiré d’un freestyle passé en 1998 chez DJ Sandman sur une prod typique de la seconde moitié des 90s. Plus mortel, ce « Fred Samuel Playground » servi sur un inquiétant sample de piano déniché par Conductor Williams (le producteur indé qui monte) avec un passage féroce de Method Man qui ne font pas son âge. Néanmoins « Big Lee & Reg » semble inutile parce que c’est un autre rappeur qui officie et dommage aussi que « All Alone (Quiet Storm mix) », produit par Lord Finesse soit trop court, l’instru est trop plaisant. Puis arrive la seconde partie de l’album, qui devient une galerie de ses freestyles les plus mythiques enregistrés entre 1992 (« Live @ Rock n Will ») et 99 (celui chez Doo Wop, avec quelques mots de Joe Budden façon documentaire), quelques-uns posés chez Stretch & Bobbito. La greffe du couplet de Joey Bada$$ sur « Grants Tomb ’97 (Jazzmobile) » (tiré d’un enregistrement exclusif que Ron G avait utilisé pour une de ses mixtapes) se fait sans laisser la moindre cicatrice. Mais la grosse pièce du boucher, ça reste évidemment ce « 7 minutes freestyle » de légende avec un Jay-Z d’avant Reasonable Doubt. L’instrumental original a été recréé de toutes pièces pour le remettre à neuf, le résultat est tout bonnement magnifique. Le spleen de la bouche de piano, les cuivres, les caisses, puis ces rimes débitées à une allure folle par les deux MCs, c’est HIP HOP à mort.

On peut remercier le travail du producteur assez peu connu G Koop (qui a travaillé avec Prodigy et Phife Dawg notamment), et d’une manière globale d’avoir été capable de réactualiser d’anciens freestyles mythiques pour aboutir à ce résultat très concluant. Malgré quelques choix discutables qui n’entâchent en rien l’écoute, le plus important avec Harlem’s Finest est que l’authenticité et l’héritage de Big L sont restés intacts, même les instrumentaux qui sonnent d’époque, sans faire l’erreur de les faire sonner ‘2020’. Merci pour tout.

LA NOTE : 16/20

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