1999, une année folle. Du rap et du r&b à longueur de journée sur MTV sur nos écrans qui devenaient plats, les téléphones devenaient portables, Internet se connectait à nos foyers, le Nastradamus de pacotille Paco Rabanne annonçait la fin du monde qui n’est même pas venue, pas même un bug informatique. Ce monde, Missy Elliott en allait montrer un autre visage, plus dark, avec Da Real World. C’était le paradoxe de cette fin de deuxième millénaire, des rappeurs voyaient les choses en noir (Busta et son catastrophisme, IAM et leur empire…) et en même temps, c’était la grosse teuf. Presque comme la chanson « 1999 » de Prince. Le platine était partout sur les certifications. Après l’âge d’or, est venu celui de platine…
Aux manettes de l’avant-gardiste Da Real World, ce génie de Timbaland, qui allait, après avoir produit Aaliyah, Ginuwine et ses albums à lui (solo et avec Magoo), montrer son côté obscur à son tour aussi. Le nouveau millénaire arrive, notre paire s’y engouffre comme dans un tunnel. Premier single, un vrai choc : « She’s a Bitch », sonore et visuel. Dans le clip, Missy, crâne rasé, prise de vue en fish-eye, avec derrière la caméra, l’oeil de Hype Williams, Jaguar XJ220, images futuristes limite cyberpunk, rythme et synthé entêtants à mort. A l’âge où je perçais mes boutons d’acnée, c’était DINGUE. On connaît très bien le second single, « All In My Grillz » avec en featurinb Big Boi (des Outkast) pour la version US, et notre MC Solaar national pour la VF (« zig-zag, oui j’ai du zigzaguer… »). Troisième bombe atomique : « Hot Boyz », avec son terrifiant remix en compagnie d’Eve, Nas… et Q-Tip.
Mais Da Real World c’est surtout : pouvoir aux meufs. Avec la queen b*tch Lil Kim pour les interludes, les omniprésentes voix de Lil Mo et Nicole Wray, Lady Saw, Beyoncé (les frissons à chaque fois avec « Crazy Feelings » <3<3), Da Brat et princesse Aaliyah (toutes deux sur « Stickin Chickens » ❤️❤️). Et à leur tête, la riche biche Missy qui met de grosses gifles. Avec Timbo, ils révèlent sur Da Real World une seconde fois leur alchimie folle, avec une teinte sombre caractérisée par la prédominance d’orageux violons. Comparé à Supadupafly, c’est le jour et la nuit ! Et dire qu’Eminem et Beyoncé à l’époque étaient loin d’être les stars internationales du jour… D’ailleurs, c’est même bien précisé par écrit : Beyoncé « des Destiny’s Child ». La chanteuse n’était pas l’icône d’aujourd’hui, juste la leader d’un groupe r&b texan. Quant à Slim Shady sur un instru de Timbo (un de ses premiers featuring en plus), ça ne s’est jamais refait…
La vague Dirty/Down South avançait inéluctablement et Missy Elliott s’est saisie de l’occasion pour reconnaître le talent de B.G. et Juvenile des Hot Boyz les invitant sur « U Can’t Resist ». Et c’est vrai qu’on ne résiste pas à cette tuerie, avec ces violons violents et ce beat ultra-efficace. Toutefois, Da Real World est devenu tellement plus qu’un produit de son époque. C’est un album unique dans la discographie de Missy Elliott, comme chacun de ses albums d’ailleurs.
LA NOTE : 18,5/20


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