Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Mobb Deep « Infinite » @@@@¼


Quand Prodigy est subitement décédé en 2017 à 42 ans seulement, on s’est tous dit que c’était foutu pour les Mobb Deep. Mais son vieux partenaire de rime Havoc n’a jamais lâché l’affaire et a travaillé d’arrache-pied pendant plus d’un an avec Alchemist pour nous offrir cet ultime album des Mobb Deep, leur neuvième, Infinite. Cet opus est le quatrième a sortir dans le cadre de la série Legend Has It lancé par Mass Appeal Records, le label de leur voisin de banlieue Nas.

Répondons tout de suite à la grande question que tout le monde se pose : Est-ce que Havoc a réussi le même tour de force que DJ Premier avec One Of The Best Yet des Gang Starr en 2019? Oui, absolument. Dès « Against The World » avec son sample soulful et cuivré, on a du mal à croire qu’il s’est déroulé onze ans depuis leur album auto-intitulé The Infamous Mobb Deep. C’est troublant d’entendre ce couplet de VIProdigy, comme s’il était des nôtres. Encore plus troublant de l’entendre à la fin du morceau dire « hey yo H, good lookin, I love you, see you on the other side my nigga ». C’est comme 2Pac quand on avait l’impression qu’il parlait d’outre tombe dans ses albums posthumes. Pas le temps d’une seconde de silence qu’Alchemist balance l’instru « Gunfire », une grosse bombe comme il faisait jadis, avec cet angoissant sample de violon pour un son violent et ces sombres basses. Pas de toute, c’est du Mobb Deep pur jus, avec la pulpe.

Le contenu pue réellement l’authenticité, du Mobb Deep pur jus : des basses avec des gros sourcils pas contents, des textes criminels et sans couleur, une atmosphère franchement pas sympa et délétère. « The M The O The B The B », « Mr Magik », « Discontinued », « We The Real Thing » permettent de réaliser le travail remarquable de Havoc pour nous faire sombrer de leur sale réalité comme si rien n’avait changé depuis les 90s. La façon dont il a adapté ses textes et ses prods aux thèmes de Prodigy dépassent l’effet d’une simple illusion tellement c’est renversant. Alchemist n’est pas en reste, son instru de « Taj Mahal » est juste parfait avec son effet de grandeur, sans parler du refrain de Prodigy. ALC ne fait pas du tout de yacht music, drumless beats ou quoi, c’est le Alchemist qui a aussi façonné le son des Mobb Depp qui est à la manoeuvre. « Score Points » aussi avec son ambiance anxiogène, avec une boucle de piano cette fois. Comme si la noirceur du rappeur au destin funeste a littéralement dégouliné dans l’esprit des producteurs tel un ectoplasme.

Evidemment, on devine la difficulté de travailler sur un matériel brut assez limité et non modifiable (les couplets posthumes) quand on écoute « Easy Bruh », très bonne track mais qui dénote un peu du reste par son rythme. Les versets de « Pour The Henny » sont sur le plan thématique trop semblables à ceux de « My Era », sur lequel P cite Nas, Biggie, Big Pun, et même Jay-Z, 2Pac et les Outlawz (même s’ils étaient d’anciens rivaux), ce qui ne les empêchent d’être aussi de bons titres que les quarantenaires ne bouderont sûrement pas. Par contre, j’ai eu comme un froid lorsqu’a démarré « Down For You », et plus loin son écho/suite « Love The Way » (que P trashe lorsqu’il parle de « splashy pussy »). Je me suis dit ‘merde, ça y est, ils nous refont le coup de « Hey Luv » avec les 112’. Pas de romantisme à l’eau de rose, fort heureusement, mais une prod trop propre et lustrée avec des refrains r&b (signés Jorja Smith puis H.E.R. respectivement), qui sortent notre tête plongée dans l’obscurité trop brutalement.

Nas est présent par trois fois sur Infinite (on le préfère sur « Pour The Henny »), c’est un peu trop mais c’est lui le boss de Mass Appeal après tout. Puis bon, Queensbridge représente, notamment avec le fidèle Big Noyd sur « The M The O The B The B ». Pas de C-N-N dans le coin, dommage, en revanche a été convié un des meilleurs duos hip hop des 20 dernières années, les Clipse, vraiment forts « Look At Me » avec cet orgue cafardeux. Raekwon et surtout Ghostface Killah font un passage remarqué sur le superbe « Clear Black Nights », eux aussi ayant sortis leurs récents solos chez Mass Appeal. Là encore, c’est pour régaler les amoureux de hip hop 90s.

Que Infinite soit un peu inégal (qualité de son des prises de voix de P qui trahissent un peu l’âge ou un enregistrement fait à l’arrache, des instrus qui brisent un peu l’homogénéité, cross-overs r&b) ou paraisse comme un travail inachevé avec la conclusion « We The Real Thing », on s’en fiche complètement en fait. C’est pas le sujet. Le frisson est là et cette sensation ne trompera personne, pas même la mort. Le genre de disque qu’on aura envie de ré-écouter quand bon nous semble. Comme l’inspire, « Pour The Henny », à nous de verser notre meilleure liqueur en la mémoire de Prodigy.

LA NOTE : 17/20

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