Dix ans de carrière, sixième album chez Def Jam, quelques apparitions sur grand écran, à seulement 26 ans, voilà le fier bilan de monsieur James Todd Smith au milieu des années 90. Petit bémol toutefois, 14 Shots to the Dome n’a fait que disque d’or alors que son label Def Jam est dans le rouge. L’énorme succès de Warren G avec « Regulate » et les Onyx permettent à l’historique label new-yorkais de se renflouer, au tour de LL Cool J – le tout 1er rappeur à avoir sorti un album chez Def Jam – d’en faire autant. Alors il l’a fait, à la cool. Mr Smith sort en 95 juste avant les fêtes.
J’ai quelques doutes sur l’utilité de l’introduction façon Le Bon La Brute et le Truand, mis à part me faire imaginer James en cowboy. Alors on passe sans tarder sur « Make It Hot » qui sera la devise de cet LP, avec sa fameuse phrase : « get my swerve on » (= user de son charme unique). Même en Kway il a du sex-appeal LL. Le sample fait penser à « I Want It All » de Warren G justement (sorti en 99), normal c’est tiré de « I Like It » de la fratrie DeBarge. Les producteurs? Un duo qui va dominer la deuxièle moitié des 90s : Poke & Tone des Trackmasters. Ils produisent la moitié du disque, ce qui fait autant de hits planétaires. Nan, je ne plaisante pas quand je dis ‘dominer’, on les trouvera plus tard avec Nas, The Firm, R Kelly, Jay-Z, Will Smith… Leur technique n’a pas de secret : des gros samples gras et faciles. « Nite & Day » d’Al B Sure sur « Loungin », « Lady of my Life » de Michael Jackson sur « Hey Lover »… rien que ça. En parlant de « Loungin’ », allez direct sur le remix, le super smooth, celui qui passait en boucle sur MTV (d’ailleurs, j’ai toujours cru que c’était le groupe r&b Total en feat…). Pareil pour « I Shot Ya », allez direct sur le remix mortel avec Keith Murray, Prodigy des Mobb Deep, Fat Joe et la jeune Foxy Brown qui faisait une des premières apparitions.
« Hey Lover », c’est LA track de Mr Smith. Avec le sample de gros lover, il fallait aussi un groupe r&b de lover (Boyz II Men). Oncle L, L comme LOVER qui s’imagine une romance très (trop) cliché avec une meuf d’en bas de la rue. Il sortira finalement avec un Grammy, ce qui est un bon lot de consolation. Dans l’essence, Mr Smith penche plus du côté rap que r&b avec « Hip Hop » (c’est écrit dessus, avec dedans une liste de MCs ou groupes comme ça), « Life As… » (qui figure sur la BO du film Street Fighter avec Jean Claud Van-Damme…), « Get Da Drop On Em » (rare track où LL utilise le N-word)… Même l’hyper sensuel « Doin’t It » est hip-hop à mort. D’ailleurs je trouve qu’on ne parle pas assez de LeShaun, la rappeuse qui lui rend la réplique et lui vole la vedette car très honnêtement, elle TUE ! Son rap est musclé et bourré de charme, comme LL, et c’est très bien comme ça. Parmi les autres producteurs, pas des moindres : Rashad Smith, Easy Moe Bee…
Le morceau titre « Mr Smith » résume parfaitement le son de la Mecque du milieu des 90s : laid-back, Eastcoast naturellement, avec ces saxo comme gimmicks. L’album Mr Smith, lui, file sur la frontière poreuse rap/r&b, synonyme de succès commercial, et à l’image de l’ambivalence du rappeur dans le fond, comme sur la forme.
LA NOTE : 16/20


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