Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

LL Cool J « The FORCE » @@@¾


Tel Rocky Balboa, une gloire passée est revenue sur le ring pour affronter l’adversité. Cet emcee qui sort de dix années de retraite pour remettre les gants : LL Cool J, 55 ans. Son entraîneur qui depuis le coache depuis 2020 n’est autre qu’un voisin du sa banlieue du Queens : Q-Tip. Il n’en suffisait pas plus pour susciter une certaine excitation…

Si LL a conservé ses muscles, cette fois c’est pas pour les meufs mais pour montrer de quoi il est capable en 2024. Cela peut faire sourire et susciter des moqueries, vu comment sa carrière a fini en queue de poisson chez Def Jam il y a vingt ans. Va-t-il réussir à se mettre au goût du jour? Mauvaise question, ce n’est pas le but. Le but est un réel retour aux sources sur le fond, pas tellement sur la forme. Rapper et refaire des beats comme dans les années 80? No way. The FORCE n’est pas là pour que Oncle L se force (…) à paraître plus jeune qu’il ne l’est, niveau crédibilité ça ne passera pas, mais faire une démonstration de ses forces actuelles en s’appuyant sur l’acronyme Frequencies of Real Creative Energy. Revenir aux basiques : des beats, des rimes, du flow, des messages. Tant qu’à faire, re-signer chez Def Jam, hein, tout de même, le label historique qui avait fait de même avec Public Enemy.

Pour refaire les choses à l’ancienne, LL a perpétué cette tradition qui consiste à ne conserver qu’un producteur principal par album. Si on retrace ses quarante ans (!!) de carrière dans le rap, il a pratiquement toujours fait ça : Rick Rubin sur Radio, Marley Marl pour son classique Mama Said Knock You Out, les Trackmasters sur Mr Smith, The Hitmen sur Phenomenon, Rockwilder sur G.O.A.T, les Neptunes sur 10 ou bien encore Timbaland sur The DEFinition. Tout l’art de la chose maintenant est de ne pas paraître suranné, faire vieux schnock, juste de rester concentré sur l’authenticité. C’est là que la complicité avec Q-Tip va opérer pour trouver l’équilibre idéal entre ancien et nouveau.

La première écoute de The FORCE peut cliver, nous laissant dans une zone grise entre la circonspection et la bonne impression. Chez moi la balance a penché du côté de la bonne impression, déjà bien hypé par le single « Saturday Night Special » (avec les poids lourds Rick Ross et Fat Joe) qui n’a rien de disco. La direction artistique de Tip se situe dans le prolongement de We Got It From Here des Tribe Called Quest (2015), avec moins d’instruments mais en revanche des synthés chelous trop proéminents et dont je ne suis clairement pas fan. Impossible d’y échapper à ces synthés, en particulier sur « Basquiat Energy » et le single « Proclivities » (avec des passages très lascifs de Saweetie), qui est le seul titre catégorisé ‘destiné aux femmes’. Et encore ça ne répond à aucun standard r&b passé ou présent. Même LL Cool J a rangé son côté suave dans la tonalité, reste juste ses textes charmeurs mais seulement sur cet extrait plutôt efficace.

C’est ça qui frappe à l’écoute The FORCE, c’est la patate de LL, le coeur qu’il met. L’envie et l’inspiration sont de nouveau là comme si le microphone et le stylo lui avaient terriblement manqué. Parce que le vrai sérum de longévité, c’est bien la « Passion », l’énergie créative. Je trouve sincèrement qu’il n’a jamais aussi bien écrit et rappé depuis des décennies, c’est ouf. Je n’en reviens pas. Le texte très personnel de « 30 Decembers » en est un très bon exemple. Cool J a délaissé son aspect lisse au point d’oublier de censurer son langage. Il y a de quoi se faire plaisir, à condition d’adhérer aux prods qui peuvent sembler étranges, et des invités quatre étoile tels Busta Rhymes, Snoop Dogg et Eminem qui délivre un flow ultra-technique et robotique sur le single « Murdergram deux » (Em qui a avoué être un fan de l’album BAD de LL Cool J). Nas de son côté balance un très bon couplet en laissant exprimer son côté fanboy sur « Praise Him ». Par contre, les noms indiqués après ‘featuring’ sur le titre final « The Vow », je connais pas et leurs performances bien qu’honorables ne les feront pas sortir de l’anonymat.

Le rappeur revient de loin, il est allé puisé toutes ses meilleures ressources pour livrer The FORCE, dont les faiblesses peuvent être attribuées aux détails artistiques questionnables de Q-Tip. Les beats frisent le génial, mais les synthés, hum, comme je disais, ont tendance à trop électriser les tympans. Un peu comme sauce aigre qu’il asperge un peu partout sans se poser la question de savoir si on va kiffer ou non. Au moins, ce qui est certain, c’est que l’album ne sonne comme nul autre, bien que ce ne soit pas du tout le type de sonorités que l’on peut attribuer à ce cher monsieur Smith. Putain, il a réussi son pari. Il faut reconnaître la beauté du geste, a minima.

LA NOTE : 14,5/20 POUR L’ALBUM DANS SON ENSEMBLE MAIS UN SOLIDE 17 RIEN QUE POUR LL COOL J

Une réponse à « LL Cool J « The FORCE » @@@¾ »

  1. Avatar de
    Anonyme

    ravi de ton retour!

    sinon, quelle bonne surprise ce LL …Merci Quality-tip !

    J’aime

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