Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Westside Gunn « Pray For Paris » @@@¼, « And Then You Pray For Me » @@@¼


Après sa signature chez Shady Records en 2020, Westside Gunn a continué de rouler sa bosse avec sa structure indépendante Griselda Records. Le rappeur de Buffalo, qui connaîtra des pneumonies sévères à cause du Covid, n’a pas stoppé son rythme de sorties durant les années 2020, entre projets solos, mixtapes et EP. Une vraie usine. Cette double chronique est l’occasion de revenir sur deux albums de la série ‘Pray’ sortis à 3 ans d’intervalle pour suivre son évolution personnelle.

PRAY FOR PARIS (2000)

Plus qu’un hashtag de soutien après les attentats de Novembre 2025, Pray for Paris est devenu une marque déposée à l’INPI. Je ne sais plus si ce slogan est ressorti à l’occasion de l’incendie de la cathédrale Notre Dame de Paris mais c’était une façon pour Westside Gunn de montrer son attachement à la ville de Paris, notre capitale qui suscite le fantasme de nombreux rappeurs américains. Pray For Paris, c’est le nom qu’il a donné à son troisième album solo officiel, sorti quelques mois avant Who Made The Sunshine sur Shady Records. Sur la pochette, le Flygod a choisi une fresque de David Contre Goliath de Caravaggio.

« Bonjour » commence Westside Gunn de sa voix juvénile. Quoi de neuf? Toujours la même, ou presque. C’est du pur produit Griselda avec ses instrus bien crades chauffés au verre Pyrex, ses BOOBOOBOOBOOBOOBOOBOOBOOBOOBOOBOOBOOOM, DLDLDLDLDLDLDLDLDLDLDLDLDLDLDLDL, POPOPOPOPOPO, AYO, etc., pendant quarante minutes. Conway The Machine et Benny The Buther font du Conway et Benny, les producteurs du Griselda-type beats. Alchemist, c’est pas surprenant (le drumless « $500 Ounces » est soporifique malgré la présence de Freddie Gibbs et Roc Marciano dans les bagages et « Claiborne Kick » avec Boldy James), mais que Tyler the Creator et Jay Versace (le mec découvert sur Internet pour ses vidéos humoristiques à qui on doit le meme du volume qui augmente avec le gamin sur hurle flou le casque sur les oreilles). Conductor Williams parvient à se démarquer un peu sur « Euro Step » en se prenant pour Madlib. Le principal intérêt de ce Pray For Paris sans réel enjeu, c’est de pouvoir entendre comment se débrouilles Tyler the Creator, Wale (sur le plutôt cool « French Toast ») et Joey Bada$$ dans ce milieu mal famé. Un coucou au ciel pour Pop Smoke. Voilà. Puis cette prod mollassonne de DJ Premier pour « Shaun vs Flair ». Le temps paraît long alors que j’ai arrêté de compter combien de fois j’ai soupiré avant même d’arriver à la quarantième minute. Bonjour, et au revoir!

AND THEN YOU PRAY FOR ME (2003)

AYO ! Avant d’entamer ma synthèse de And Then You Pray For Me, je tenais juste à préciser que sa mixtape HWH 8 part B (2021) a eu droit à plusieurs rotations ainsi que 10, je crois qu’on peut applaudir. Ses mixtapes sont supérieures à ses albums, le comble. A vrai dire on n’arrive plus à faire à la différence entre tout ça tellement ça évolue par minuscules touches. D’ailleurs il n’y a plus de série ‘Hitler Wears Hermes’, du fait du contexte géo-politique et pour lever toute ambiguïté. Reprenons maintenant avec son 4e album, et toujours pas le digne successeur de FLYGOD.

Tout d’abord, un mot pour sa tante Michelle et le créateur Virgil Abloh, disparus en 2021. Ici, on a droit à deux fois plus de musique que d’habitude. Si vous trouviez déjà le temps long avant, il faudrait prévoir un thermos rempli d’expresso. Les pointures mainstream figurant sur cette instance sont Rick Ross, le faux romantique Ty Dolla Sign (« Chloé » en mode slowmo porno), Denzel Curry et JID, qui n’ont pas de mal à trouver leurs marques. Le Griselda-type beats fait peau neuve en piochant des intrus de beatmakers inconnus, sauf RZA (limite un intrus sur « House of GLORY »). And Then You Pray For Me s’essaie même à la trap par endroits, comme sur « Kostas », « LL Bool Gunn » et « JD Wrist ». Dark mais pas original, au moins ça rajoute du rythme. Une petite place pour du boom-bap aussi avec « Babylon Bis », « Flygod 2x ». Le petit nouveau Steve God Cooks vole la vedette sur les trois morceaux où il est crédité. Chapeau mecton. A noter que DJ Drama, co-star sur deux morceaux, ‘hostera’ la mixtape Still Praying en 2024.

Le principal souci avec Westside Gunn -comme c’est le cas avec d’autres rappeurs prolifiques comme lui- c’est qu’à force nous inonder de projets trop ressemblants sans nous laisser reprendre notre souffle, ça devient bien compliqué de se rappeler ce qu’on a kiffé, ou sur quel projet j’ai entendu tel morceau qui tourne dans ma tête, de revenir en arrière dans la discographie, comme si les précédents trucs étaient un peu périmés… La quantité a pris le pas sur la qualité et pour le moment, le changement de stratégie, c’est pas pour maintenant. Du coup, chaque projet finit par s’écouter d’une oreille distraite, une écoute et puis s’en va, jusqu’à ce que, oh, de la nouveauté tombe comme ça sur un EP ou une mixtape. Sinon c’est tellement répétitif que je pourrais copier-coller des chroniques en changeant juste les titres et les producteurs, on y verrait que du feu.

(chroniques ecrites le 24 et 25 novembre 2025)

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