Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Talib Kweli & Madlib « Liberation 2 » @@@@½


Quand le premier album de Liberation est sorti 2007, c’était encore l’époque de MySpace. Une autre ère. Il était en téléchargement gratuit, ce qui était déroutant à l’époque où les plateformes de streaming n’existaient pas encore et les labels faisant les sourcils colère face aux vilains pirates, alors tout le monde a sauté sur l’occasion sans culpabiliser. Ce fut un projet très ‘craft’ hautement apprécié, au-delà du geste généreux. J’avais d’ailleurs beau l’écouter en boucle à sa sortie, je n’en croyais ni mes yeux, ni mes oreilles. 2023, Talib Kweki et Madlib ont remis en marche leur binôme avec un second volet. Et encore maintenant j’ai du mal à réaliser que c’est du concret.

Plus d’une décennie s’est écoulée, le temps passe à une vitesse… Le flow de Talib Kweli est plus affuté que jamais, son activisme plus affirmé, et le Madlib de maintenant a su évoluer aussi et offrir des travaux plus soignés ultra-plébiscités (Bandana avec Freddie Gibbs). Sorti entre deux mandats du fach-autoritariste-phallocrate Trump, Liberation 2 est un album pile dans l’air du temps, avec des thématiques qui n’ont jamais quitté les propos de Talib, mais dont les messages sont plus que jamais déterminants actuellement : combat contre le racisme, le suprémacisme blanc, le capitalisme, le néo-colonialisme… Les mauvaises langues diront qu’il est trop woke, mais c’est un honneur d’avoir des rappeurs avec un tel discours aujourd’hui. Voilà comment Talib Kweli démarre les premières minutes avec DIANI ce nouveau projet commun avec Madlib, traçant une barrière entre son métier d’artiste et ce qu’il qualifie de simple ‘créateur de contenu’. Le clin d’oeil stylistique à Reflection Eternal sur « Best Year Ever » fait chaud au coeur.

Sans faillir à sa mission de MC révolutionnaire et porte-voix de la communauté afro-américaine, Talib se repose sur des instrus de Madlib puisant son inspiration dans la musique Sud-Africaine principalement, pour se connecter pas que mentalement avec le continent de leurs ancêtres. Même sur le beat inhabituel de sa part sur « Nat Turner » avec Seun Kuti (le fils de). Hé oui, ça vous épate, Madlib sait faire des trucs très contemporains et sortir de sa zone de confort; c’est déstabilisant de l’entendre faire autre chose que du sampling chelou mais on s’y fait. Et Talib qui avait été taxé de trop radical à un moment donné, ferme la bouche de ses détracteurs en greffant un couplet posthume du rappeur blanc middle-class Mac Miller sur « The Right To Love Us ».

Ce qui surprend généralement dans cette nouvelle aventure commune, c’est à quel point cet album a été bien plus travaillé par rapport à Liberation premier du nom, sur le fond comme sur la forme, et inter-continental. On est clairement quatre crans au-dessus. Et les artistes conviés, pfiou, c’est en bonne quantité ET très haute qualité. Rappeurs, chanteuses, poétesse (Diani), musiciens de renom, américains, nigérian (Seun Kuti), sud-africain (Cassper Nyovest, aussi boxeur), kenyan (Amani). Pratiquement un par titre. Le sens de la formule et la vivacité de Talib, ses force depuis ses débuts, restent intangibles, comme un sportif de haut niveau ayant conservé ses réflexes malgré les années. Tout comme Wildchild, et Q-Tip au chant, qui interviennent sur « One For Biz » (on vous laisse deviner à qui est destiné cette chanson). Cette ellipse rappelant le passif de Madlib ne s’arrête pas là, puisqu’après le clin d’oeil aux Lootpack, les deux protagonistes balancent « Loop Digga’s Revenge » (avec Goapele, autre grand nom de la nusoul), l’autre surnom d’Otis Jackson. Les pontes du polar-rap Roc Marciano et Westside Gunn sont réunis sur « Richies part Two », sur une boucle soulful qui aurait pu attirer Ghostface Killah comme une mouche. La voix enrouée de Pink Siifu se marie très bien aussi avec l’instru de « Ad Vice ».

Meshell Ndegeocello figure sur « Marathon Thru Babylon », un titre qui retrace le parcours du survivant de Talib à New-York, mais non pas en tant que bassiste ou chanteuse : pour du spoken-word. « Wild Beauty » est aussi un morceau touché par la grâce de Moonbyrd, jouant une orchestration jazz néo-rétro que Cortex n’aurait pas renié. Puis, cet instant magique avec sans la doute une des dernières apparitions de Roy Ayers sur « Something Special », dont l’aura funky et le xylophone imprègnent totalement l’atmosphère. Passé maintenant ce moment d’incrédulité face à ce chamboulement et ce remarquable travail collaboratif, il est temps de se dire que heureusement que Liberation 2 existe.

LA NOTE : 17,5/20

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