Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Kendrick Lamar « Mr. Morale & The Big Steppers » @@@½


Je vais être franc avec vous : quand j’ai écouté, deux fois, à sa sortie ce dernier album de Kendrick chez Aftermath Records, je l’ai gentiment mis de côté et volontairement oublié de mon top de l’année 2022. Si certaines partie de DAMN., qui lui a valu un prix Pullitzer faut-il encore le souligner, m’avaient passablement ennuyé, Mr. Morale & The Big Steppers ne m’a du tout donné envie de me re-plonger dedans. Ce que j’aimais beaucoup dans les précédents albums de Kendrick, les niveaux de lectures multiples, les messages, les flows, les vibes, ce côté jeu d’énigmes parfois, rien ici ne m’avait captivé. Peut-être parce que je n’avais pas envie d’écouter un album trop personnel, introspectif, au groove trop minimaliste après toute l’actualité de merde (COVID, invasion de l’Ukraine, etc.).

Janvier 2026, je me suis dit qu’il fallait que je me bouge le cul pour donner une seconde chance à cet album important, en faisant un peu plus attention aux détails. Le premier truc est de constater que le nom de Top Dawg Entertainment n’apparaît plus, que l’album n’est plus mixé par MixedByAli et que le management est passé chez pgLang, le label fondé par Kendrick Lamar. La pochette est très parlante : Kendrick, laurier cerclant sa tête, un enfant dans les bras, sa femme tenant un autre enfant dans ses bras sur un matelas sans drap. Des impacts de balles sur un mur peint en marron. Alors que j’ai beaucoup kiffé gnx, je réalise que Mr. Morale & The Big Steppers était sur le plan artistique un album de transition, c’est assez flagrant à l’écoute de titres plus minimalistes comme « Die Hard », « Rich Spirit » et « Silent Hill » (avec Kodak Black). Pour la garniture sonore, Kendrick est revenu auprès de son producteur de toujours, Sounwave des Digi+Phonics, qui est pratiquement le dénominateur commun de l’album, avec dans son entourage : DJ Dahi, Bekon, DJ Dahi, Tae Beast, J.LBS…

Et pourtant, rien ne sonne comme ton album de rap californien habituel. Comme dit plus haut, ce cinquième album studio de Kenny est très personnel, centré autour de la famille (« Auntie Diaries », « Mother I Sober » avec madame Beth Gibbons des Portishead, « Father Time » avec Sampha qui parle de ses ‘daddy issues’), avec en prime une grosse engueulade sur « We Cry Together » sur un instru de The Alchemist. Le caractère solennel de quelques instrumentaux faussement jazzy rendait parfois le tout très barbant à l’écoute, ce qui est encore le cas maintenant. Je ne comprends pas non plus l’utilité de couper l’album en trois parties, si ce n’est pour classer les titres les plus assommant dans la seconde moitié, sauf en ce qui concerne « Silent Hill » et « Mr Morale » produit par Pharrell.

Il faut reconnaître les qualités de Mr. Morale & The Big Steppers, même si à mes yeux (oreilles?), il est loin d’être indispensable. Pas indispensable au point d’avoir envie de le décortiquer à fond comme Good Kid maad City et au sommet, To Pimp a Butterfly. La perception que j’en ai a pu évoluer cela dit, sans pour autant que j’accroche davantage. Dommage pour moi. Les albums de rap pour écouter à la bibliothèque, non merci, pas pour moi. Reste ces quelques bonnes surprises comme l’apparition d’un émouvant Ghostface Killah sur « Purple Hearts » et le sample de Marvin Gaye « I Want You » pour la cinquième séquence de « The Heart ». Ses nouvelles ‘voix’ aussi peuvent étonner, à se demander parfois s’il n’y a pas un nouveau featuring alors que non, c’est lui. Conscient de son influence et de son importance pour la culture, solide artistiquement et mentalement, plus en paix avec lui-même, Kendrick était prêt pour voler de ses propres ailes désormais.

LA NOTE : 14/20

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