En 2000, Boldy James avait sorti le très bon The Price of Tea in China, un album rap polar/noir devenu une référence dans sa discographie. L’année suivante, le rappeur des coins sombres de la cité industrielled e Detroit et son comparse Alchemist ont concocté non pas un, mais deux projets, Bo Jackson et Super Tecmo Bo, sortis à 4 mois d’intervalle.
Presque un projet en deux parties. Je m’explique. Bo Jackson est un célèbre sportif afro-américain ayant réussi à la fois à faire carrière dans dans la NFL (la ligue de football US) et le championnat de Baseball américain, avec un beau palmarès à son actif dans les années 80 et 90. Super Tecmo Bo fait également référence au football US, avec cet artwork génial allègrement inspiré du jeu vidéo Super Bowl (édité chez Tecmo) et sorti sur la NES en 1991. Certains veinards ont pu s’offrir le packaging de l’album type authentique cartouche de jeu Nintendo.
Immédiatement Bo Jackson met l’ambiance avec l’instru en deux parties de « Double Hockey Sticks » : glaciale. Mais il se trouve que l’atmosphère se veut plus soul qu’à l’accoutumée, loin d’être chaleureuse cependant. Boldy n’a plus qu’à déclamer ses scripts sur les tempos lents de « Turpentine », « Brickmile to Montana », « Photographic Memories » (avec l’assoupissant Earl Sweatshirt), le lancinant « Steel Wool » (petite vibe Wu-Tang) ou encore « Illegal Search & Seizure », avec cette petite voix pitchée finalement classe. Evidemment ALC a le chic pour dégoter des boucles de pianos ultra-froides comme sur « Flight Risk », sentiment d’insécurité garanti. On apprécie aussi la référence au duo légendaire « E.P.M.D. ». L’attitude parfois nonchalante et la voix sombre de Boldy James, qui rappelle toujours Prodigy des Mobb Deep, n’évolue pas par rapport à son précédent projet, néanmoins son style perso est suffisamment marqué pour ne pas empiéter sur les plates bandes de ses Roc Marciano (d’ailleurs présents en tant que featuring sur Bo Jackson) ou Westside Gunn. D’ailleurs les acolytes de Griselda Benny the Butcher et Stove God Cooks font aussi un coucou, la doublette Curren$y et Freddie Gibbs également sur « Fake Flowers ». Jusqu’à la fin de Bo Jackson avec « First 48 Freestyle » et la conclusion « Drug Zone », le rappeur capte l’attention et captive l’audimat, en laissant un arrière-goût de déjà-vu derrière lui. Sachez pour l’anecdote que c’est Alchemist qui a réalisé l’artwork de l’album.
Mais c’est sans compter sur Super Tecmo Bo avec du rab de qualitay. Rien que l’atmosphère unique de « Level Tipping Scales » nous fait ouvrir les oreilles. Alchemist a pris le pari de faire un choix (osé) d’instrumentaux relativement plus variés, allant de ce sample de flûte de « Hot Water Tank » à cette longue boucle de violons qui accompagne « Guilt » (ou plus classe celui de « No Laughing Matters »), toujours dans un tempo calme que le beat perturbe parfois. Cela peut sembler assez classique mais il faut toujours compter sur l’oreille incroyable et le talent indéniable d’Alan Maman pour trouver ZE LOOP qui va instantanément créer une atmosphère spécifique à chaque titre, dans des styles qui, à force de sortir plein de projets par an, sont devenus familiers. L’urgent « Moth in the Flame » mettra tout le monde d’accord, de même que l’inquiétant « 300 Fences » avec son sample au style bien 70s. Il n’y a que 9 tracks sur Super Tecmo Bo, mais aucune ne laisse indifférent, pas même ce « Great Adventures » qui passe sous la barre des deux minutes.
Et il faut bien profiter de l’ultime « François » (oui oui le nom est bien français), car ce sera la dernière fois que vous entendrez Boldy James sur une prod de son mentor Alchemist. Le Detroiter poursuivre sa carrière plus ou moins solo aux cotés de Real Bad Man, Futurewave, Rich Gains et le canadien Nicholas Craven.


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