Pas le temps de tergiverser, Nas et Hit-Boy ont passé la seconde en 2021 avec la suite de King’s Disease, que le rappeur et les auditeurs ont rapidement abrégé en KD2. L’objectif était simple et atteignable : faire mieux que le prédécesseur qui faisait office de coup d’essai. Et ils l’ont surpassé, pas d’une marge franche, néanmoins au point de l’éclipser partiellement grâce à quelques moments forts…
Un premier morceau de bon augure, « The Pressure », montrant un Hit-Boy qui s’approprie de mieux en mieux à sa sauce le son hip-hop de QueensBridge que l’on a connu aussi à travers les Mobb Deep ou Capone-N-Noreaga. Suivi de « Death Row East », sur lequel Nas revient sur la rivalité avec la Westcoast qui a atteint son point culminant au milieu des années 90, sa relation contrariée avec 2Pac qu’il admirait et respectait sans que cela soit bien réciproque. Le rappeur saisit aussi l’occasion de refaire l’histoire qui aurait pu s’écrire… Pour continuer de faire plaisir aux anciens, Nas invite le mythique duo EPMD pour de vrai sur « EPMD 2 ». C’est déconcertant d’entendre Erick Sermon et Parrish Smith ‘back in business’ sur un instru rap ultra-moderne, moins Eminem qui fait absolument ce qu’il veut avec son flow froid et robotique. N’empêche, Em’ qui rend hommage à Jay-Z, LL Cool J, DMX, Nipsey Hussle, J Dilla et MF Doom pour ne citer qu’eux, ça fait paradoxalement chaud au coeur.
Plus de la seconde moitié de KD2 se range dans une veine plus soulful dans les instrumentaux, avec de très bons « Moments » (c’est le nom d’un des titres), tels que « Store Run », « Count Me In » et « My Bible ». Le morceau qui sort du lot est bien entendu « Nobody » qui convie la grande Lauryn Hill. Cela fait plus d’une décennie, au moins, qu’on n’avait pas entendu la célèbre et trop rare chanteuse des Fugees. Et ce n’est pas un petit 16 ou 24 mesures qu’elle rappe, c’est bien plus que cela. Et l’entendre rapper à ce niveau après un si long moment sans nouveauté, reprendre la place de reine qu’elle laissé vacant, c’est un feu d’artifice dans nos têtes. Une gifle qui fait un bien fou. Quant à Nas, il continue d’écrire des livres entiers de rimes qu’il déclame avec la facilité de l’expérience, telle une mécanique bien huilée et qui ne grippe jamais, sans nous ennuyer, ni chercher à créer un banger ou un single qui dénaturerait l’ensemble du projet. Si ce n’est des tracks trop trap à mon sens (« 40 Side », « YKTV » avec YG et A Boogie Wit Da Hoodie). Faire des beats traps semble être devenu le genre de passage obligé à notre époque… Mais ce sont juste ces deux titres-là.
Une chose est sûre, le couple formé de Nas et Hit-Boy va dans le bon sens de progression. On sent qu’ils sont plus à l’aise avec ce second volume de King’s Disease, que ce lien devient plus fort et naturel. C’était juste une question d’ajustements. Rien ne laissait encore présager que les deux hommes allaient écrire l’histoire en sortant deux trilogies à cette étape de leur collaboration…
LA NOTE : 16,5/20.


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