Lorsque Timbaland a débarqué en 1996 en produisant pour Ginuwine, Aaliyah et Missy Elliott, il a littéralement révolutionné le rap et r&b. Il était en avance sur son temps, tout le monde était unanime sur ce point. Au début des années 2000 et jusque Under Construction pt2 son style était encore avant-gardiste. Après son hiatus de quelques années qui lui a servi à produire Shock Value, Timbo a voulu étendre son emprise sur la pop et rock avec des sonorités plus actuelles. Le temps sur lequel il était en avance l’avait rattrapé si l’on puit dire.
Shock Value a été certifié platine aux Etats-Unis, il s’agit du plus gros succès mondial de Timbaland. Cet album a levé la malédiction selon laquelle ses albums en tant que producteur/rappeur n’avait qu’une faible survie commerciale. Et quand quelque chose fonctionne auprès du public, on récupère les éléments qui ont engendré ce succès, on l’exploite à fond et on ressort un produit « too much ». C’est ce qui s’est passé avec Shock Value II, Timbo a élaboré un sous-produit ultra-édulcoré de Shock Value.
Je ne vais pas tourner autour du pot : il faut avoir du courage pour écouter cet album, même en avance-rapide. C’est moche. C’est comme si un créateur de haute-couture avait perdu son génie pour brader ses vêtements prêt-à-porter chez Zara. Dans cette volonté de prouver qu’il sait tout faire et passer d’un genre à un autre comme de slip, Timbo tourne définitivement le dos à son public hip-hop/r&b. Ce n’est pas tant l’album qui déçoit, c’est Timbaland qui nous déçoit terriblement.
Sur Hard Candy de Madonna, on sentait déjà un manque d’inspiration au niveau de ses productions, largement surpassé par son voisin Pharrell. Heureusement que Justin Timberlake était présent à la co-production. Leur morceau ensemble situé en 2e track, juste après l’intro de DJ Felli Fell, témoigne de l’insipidité de ce qui va suivre. De la track 3 à la track 6 (inutile de citer des titres vites oubliés), on appréhende de plus en plus la chanson avec Miley Cyrus alias Hannah Montana. Surtout que Timbaland se met à rapper avec de l’autotune. On notera « Say Something » bénéficie de la présence de Drake, un bon appât pour attirer l’attention vu son buzz et donc forcément un single.
Arrivé à cette anomalie musicale qu’est « Tomorrow In The Bottle » (track 6), dont on se demande combien a été payé le chanteur des Nickelback pour poser sur ce crossover pop/rock formaté à mort, je stoppe net. La nausée. Et la peur d’affronter « We Belong To The Music » avec Miley Cyrus. Pitié, M Pokora OK mais Miley Cyrus ! Je passe 20 secondes à supporter l’idole des jeunes américains qui sévit sur les chaînes Disney. Un épisode honteux, moins à l’écouter que de voir Timbaland régresser dans la facilité. Il a eu tout de même le bon sens de ne pas inviter les Jonas Brothers ou les Tokyo Hotel… car la sélection des groupes de rock est plutôt bonne : The Fray, Daughtry et One Republic bien sûr. « Undertow » et « Long Way Down » sont convenables pour des morceaux de rock et « Marchin On » serait sans doute mieux dans sa version originale. Moins Timbaland officie sur un titre, mieux c’est.
J’essaie de trouver une explication à cette chute. Sa touche personnelle s’est comme envolée, il ne fait plus qu’imiter ce qu’il a précédemment fait car on retrouve les éléments qui font sa musique, les beats, les synthés, les bruitages, etc… Sentant l’inspiration lui échapper, on dirait que Timothy a voulu tester des associations comme ça au hasard, de sons, des genres, en mettant aléatoirement un artiste connu, en espérant qu’un trait de génie apparaisse miraculeusement. Mais ça ne donne rien, rien de chez rien. Nothing. Nada. Nichts. Il prend les artistes qui sont entrés dans les tops de ventes de singles plus les siens, Keri Hilson qu’on ne présente plus, la chanteuse Nelly Furtado et ses potes rappeurs sans carrière (Attitude, D.O.E., Sebastian). En bon samaritain, Timbaland leur consacre la dernière partie de Shock Value II… qui se trouve séparée sur le CD de la version deluxe. Le beat de « The One I Love » est lamentable avec ces synthés electro minimalistes et la version revue de « Symphony » du J.U.I.C.E. Crew est à vomir.
Timbo a mis aussi la main sur des nouveaux, la parisienne SoShy qui tente de s’imposer sur « Morning After Dark » (dont le refrain provoque l’instinct fuite chez un humain normalement constitué). Puis il y a cette Bran’Nu dont le nom ne nous dit rien mais qui est en réalité l’ater-ego de Brandy en mode rappeuse. Ce que je peux dire, c’est qu’elle rappe mieux que Timbo… arg pis cet autotune ça m’énerve !
À désirer trop fort être considéré tel un producteur de masse, à force nourrir son égo en travaillant avec des vedettes de l’industrie du disque, Timbaland s’est ironiquement fondu dans la masse. Pire, il plombe lui-même ses propres morceaux avec d’affreux refrains (comme celui de « Morning After Dark ») et des instrus inécoutables. Il n’y a que les chansons rock qui s’en sortent dignement tandis que son incursion dans l’électro et la dance sont un fiasco total (« If We Ever Meet Again » avec Katy Perry, « Can You Feel It » et « Ease Off The Liquor »). Will.I.Am sort des tubes dance ou électro haute de gamme (bien que je n’aime pas la tournure des Black Eyed Peas) et Kanye West est plus méritant en chantant à l’autotune (pourtant j’ai cassé 808’s & Heartbreak).
Tous ces symptômes présents sur cette « chose » plaident du mauvais goût de Timbaland. Il est allé trop loin, il faut qu’il revienne sur Terre. Lorsqu’on regarde sa chaîne hi-fi l’air grimaçant comme si de la merde en sortait, c’est bien que quelque chose ne va pas du tout. Je préfère écouter une compile de DJ Khaled que ça ! Aussi on comprend facilement pourquoi Jay-Z n’a pas souhaité participer à ce cloaque musical qu’est Shock Value II. Je vous laisse sur ce sentiment de mécontentement impénétrable et avec « Give It Up To Me » de Shakira feat Lil Wayne que j’ai mis exprès en vidéo, que j’estime efficace pour une prod de Timbo.

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