À 39 ans, Ice Cube est resté Ice Cube. Il a beau avoir sauvé le Président des Etats-Unis dans xXx2, joué dans des petits films comiques, quand cette figure légendaire du gangsta rap s’empare du micro, c’est toujours le gouvernement américain qu’il embrase avec son « pyrocastic flow ». Le nigga with attitude ne décolère pas, son rôle favori, c’est à coup sûr celui d’ennemi public, de menace pour la société. Il n’a pas changé son fusil d’épaule, constamment en joue et lourdement rechargé. Et malgré qu’il se soit assagi avec les années, son impertinence d’insoumis lui donne encore une image de rebel. Cube l’avait démontré deux ans auparavant avec le disque d’or de Laugh Now Cry Later qu’il était toujours dans le coup, emmenant avec lui dans sa foulée un rap westcoast de plus en plus restreint (sauf si on s’appelle Snoop Dogg ou The Game). Le vétéran originaire de Compton n’a cependant plus rien à prouver, sa discographie parle pour lui, mais il n’y a que lui, et lui seul, pour pouvoir aujourd’hui recadrer le gangsta rap, tâche qu’il tente d’accomplir avec Raw Footage, son 9e album solo, avec un discours social et politique très d’actualité moins des bangers comme ceux qui nous ont fait bouger sur Laugh Now Cry Later.
« Gangsta Rap Made Me Do It », premier single messager, est l’antithèse d’un gangsta rap commercial ‘graw footage’ de gueule si je peux me permettre de jouer sur les mots. Ice Cube nous manifeste une profession de Foi anticonstitutionnelle, défendant une gangsta music intelligente, avec des lyrics très engagés de surcroît comme il le rappe entre autre sur le refrain, « If I call you a nigger/ Ain’t nothin’ to it/ Gangsta rap made me do it ». L’instrumental très Dr Dréesque porte la signature de Maestro, à défaut de retrouver une véritable production du maître Dr Dre. Pas moyen de ne pas penser aux Public Enemy lorsque Cube lâche la bombe « It Takes A Nation », une attaque à peine voilée envers les médias et George W Bush lorsqu’il scande « I’m the only rapper that fist fight the president », alors que la communauté afro-américaine s’apprête à vivre un tournant dans son histoire avec la course à la Maison Blanche de Barak Obama. Son élection est selon lui « the american dream », dit-il sur « Take Me Away » feat Butch Cassidy. Pour en revenir au présent en gardant le gourverment républicain dans sa ligne de mire, Ice Cube décrit la « Hood Mentality » qui emporte les jeunes dans la criminalité. Pour lui, et on sera d’accord avec ce point de vue, le seul et unique responsable est un système éducatif déficient qui renferme les minorités dans des états d’esprit de haine et de tension. Rien n’a vraiment changé depuis les années 90, à l’entendre, la situation ne s’améliore pas, elle empire. Heureusement qu’Ice Cube est là pour nous le faire savoir comme il le dit si bien sur « Thank God ». Il est le garant de la vraie nature du gangsta rap : : contestataire, impertinent et le plus réaliste possible. Si vous aviez cru qu’il s’agissait juste de rendre plus glamour les flingues, les putes et l’argent, on vous a menti.
Comme pour Only on the Left Side de Daz Dillinger, on peut regretter des incrustations d’éléments Dirty South, trap muzik pour être exact, comme en attestent « Jack N The Box » et « Got my Locs on » marqué par la présence de Young ‘mr Adlib’ Jeezy. Cette track se présente en seconde piste de l’album, peu rassurant pour aborder Raw Footage, mais n’y avait-il pas du crunk sur Laugh Now Cry Later. C’est vrai qu’il n’y a pas ici des gros sons de la trempe de « Why We Thugs », « Smoke Some Weed » ou « Go To Church », la compensation réside dans une solide homogénéité en titane, renforcée grâce à des « It Takes A Nation », « Do Ya Thang », ou encore « Get Used To It » featuring WC et The Game, un trinôme inédit décrit par la rumeur comme étant la nouvelle conformation des Westside Connection. Ce qui signifie que Mack 10 serait alors remplacé par The Game, dont la présence ici montre bien l’adoubement par ses pairs pour être l’héritier du gangsta rap nouvelle génération. Des morceaux plus cools figurent au programme, le chanteur nusoul Musiq Soulchild honore « Why Me ? », ainsi que William DeVaughn, via le sample du soul classic « Be Thankful » utilisé pour le laid-back « Stand Tall ».
Le combat continue. Il semblerait qu’Ice Cube a toujours des choses à dire tant qu’il n’aura pas le dernier mot. Son flow est moins agressif que par le passé, le MC n’a plus la fougue de sa jeunesse, son phrasé est devenu de la lave pour reprendre ses propres paroles, des paroles écrites par une plume piquante qui reflète son savoir acquis avec l’expérience. Avec Daz, puis The Game et Paris en Septembre, Raw Footage est le début d’une belle série de livraisons straight outta westcoast.

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