Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Your Old Droog « Movie » @@@@¼


Il en a réalisé du chemin Your Old Droog, YOD pour les intimes. Et pas qu’en tant que rappeur, dont la carrière a démarré sur un malentendu lorsque en 2014 les gens l’ont confondu avec un alias secret de Nas. Si on rembobine plus loin, Maksim est né eu Ukraine avant l’éclatement de l’U.R.S.S., et bien qu’il n’ait pas un dixième de l’aura internationale du célèbre rappeur de Queensbridge, ce redoutable MC basé à Brooklyn mérite bien son film auto-biographique. D’où ce 9e album fêtant ses dix ans de carrière et qui s’appelle simplement Movie, avec la typographie stylée façon Thriller.

Your Old Droog n’est pas qu’un MC dont ses pairs ont raison de se méfier, il produit la plupart de ses sons et il a un flair incroyable pour dénicher de superbes samples. Mes préférés sur cet opus vont pour « 3 MILLI » et « The Sandbox », ainsi que ce très beau sample de piano en ouverture de « Grandmother’s Lesson ». Franchement, il devrait faire comme Evidence et vendre ses talents de beatmaker à d’autres. Au micro, le niveau d’exigence en matière de emceeing est exemplaire, très bon storyteller et on se met sa main devant la bouche quand il sort quelques belles punchlines bien senties. Genre « mais non il a pas osé dire ça ce salopard ». A savoir que les lyrics pour cet album ont été retirés de la plateforme Genius donc tendez bien l’oreille. Ce franc-parler n’est pas un frein au charisme de notre gaillard, YOD est capable d’instaurer un sentiment de proximité avec lui, de sympathie à son égard, comme si on était un de ses potes. « Droog » signifie d’ailleurs « ami », ça ne s’invente pas.

Il y a dans son film personnel d’autres directeurs de l’audio et pas des moindres, comme Harry Fraud (sur « How Do You Do It » notamment) dont la prod reste bien ancrée Eastcoast, le prodo qui monte Conductor Williams (« Mercury Thermometers ») et un autre ultra réputé, moins présent depuis l’incendie de sa maison… Madlib. Il lègue le beat de « DBZ », référence évidemment à notre anime japonais préféré de l’univers, avec en plus un couplet de Method Man incisif et – surprise – un autre de couplet, du floridien Denzel Curry, parce qu’il mérite sa place en featuring. Ce titre est l’attraction de Movie, la scène que tout le monde attendait, mais la barre de ses barres et de ses prods artisanales est suffisamment élevée pour que le reste de l’album n’en soit aucunement éclipsé. Chaque enregistrement s’intègre les uns par rapport aux autres, dans le bon ordre, même les interludes.

Movie n’est peut-être pas le meilleur opus de Your Old Droog, je ne suis pas le mieux placé pour en juger, néanmoins du très haut niveau en tout point. Un « bonus DVD » n’aurait pas été de trop, une version deluxe quoi. Pour dire autrement, c’est une pièce importante de sa carrière, carrière qu’on espère reprendre bientôt sur le plan solo.

LA NOTE : 17/20

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