Comment ça, la mort de Slim Shady? Il était déjà pas dead lui? Pour moi, c’est simple, l’alter-ego Slim Shady est décédé après sa mixtape The Re-Up, mis six pieds sous terre avec l’excellent Relapse en 2009. Il est peut-être réapparu superficiellement sur Kamikaze dix ans après, c’est cool mais voilà. Il y avait strictement zéro intérêt qu’il fasse son comeback en 2024. De base, c’est crétin comme idée. C’est comme avoir sorti de cryogénie un psychopathe bête et méchant à une époque où le monde a changé, et pas forcément en bien.
Comment décrire Death of Slim Shady? En un seul mot, ce mot à la mode : cringe. Embarrassant à mort oui, comme le retour loupé de Will Smith avec Based On A True Story. Cela commence hyper mal avec « Habits », une suite ininterrompue de red flags (marre du féminisme, fuck le fatshaming…), pareil sur « Trouble »… Pourquoi reparler encore de Christopher Reeves et des personnes homosexuelles maintenant ?? Si décongeler le Slim Shady sert juste de prétexte pour cracher sur une société progressiste, c’était une meilleure idée de fermer sa gueule. Ah oui, c’était prévisible aussi : la case « on ne peut plus rien dire » est cochée même s’il le formule d’une autre manière (« Do not tell me what I can’t say/that’s gay » dit-il en faisant mine de s’adresser à Dr Dre sur « Evil »). Manquerait plus qu’il lèche les boules de Trump. L’excuse du second degré ne tient pas la route tellement c’est exaspérant de voir comment il s’en prend à la Gen Z dans toute sa « malpensance ». Puis ses interminables couplets qu’il balance avec un flow robotique, ce qu’il fait depuis Recovery, c’est putain de relou. On dirait un interminable vocal sur WhatsApp passé en vitesse x1,5. Toute cette énergie déployée à l’écriture et au flow, pour rendre ça presque indigeste à l’écoute. C’est une performance en soi. Pitié ça s’arrête quand? Son single « Houdini », quelle supplice.
Musicalement, c’est du Eminem des années 2000 remis au goût du jour, voilà comment on peut résumer la chose. Honnêtement, ce si n’est pas catastrophique que ça. Dr Dre n’est pas bien inspiré (« Road Rage ») mais ça aurait pu être pire (plus pop ou rock). Dre n’est même pas pris la peine d’être en feat sur « Guilty Conscience 2″… Ses assistants Dem Jointz et Fredwreck prennent le relai quand ce n’est pas Eminem et Luis Resto qui font les prods. Les seuls rappeurs invités, hormis son protégé Ez Mil (dont on n’a rien à foutre, c’est juste un Stan), sont Big Sean (bonjour le niveau) et JID (pourquoi pas…). Bizarre -le rappeur, pas l’adjectif- sur « Antichrist » n’est pas crédité, c’est nul. La chanson gentille est pour la fin (« Somebody Saved Me »).
Slim Shady, c’est en fait comme les comiques (white) trash des années 2000. A l’époque ça faisait rire, c’est le délire du moment, alors qu’aujourd’hui c’est juste gênant, ça ne passe plus. Tenter de faire les mêmes vannes que dans le passé, jouer les gros lourdingues, pour ensuite se taxer de cons derrière si on trouve pas ça drôle alors qu’il est juste devenu un réac’… C’est un grand NON. Le double peroxydé n’est pas woke, tant pis pour lui. Surtout que le visage du Slim Shady d’il y a vingt cinq ans était vraiment un meilleur spectacle que cette pathétique parodie, il avait un vrai rôle à jouer. Là c’est ni fait ni à faire, ce n’est pas une question de pousser le bouchon trop loin, il n’y a pas matière à controverse. Death of Slim Shady est non-événement. Qu’il reste mort et enterré définitivement.
LA NOTE : 6,5/20.


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