Je chronique peu d’albums de Blockhead alors qu’il est l’auteur de beaucoup de chefs d’oeuvres d’abstract hip-hop depuis le milieu des années 2000. Il faut reconnaître qu’il est très prolifique, avec une sortie par an en moyenne, donc pas évident de tout suivre. Mais j’ai tenu à m’arrêter spécialement sur The Aux paru en 2023 pour la raison suivante : c’est que le producteur new-yorkais n’a, pour une fois, pas conçu un album purement ou partiellement instrumental. Un microphone a été branché et une vingtaine de MCs sont venus cracher leur matière grise à travers. Voici The Aux.
Ce n’est pas une mince affaire de pouvoir à la fois écrire des textes vraiment originaux et poser un flow capable de suivre les ambiances cinématographiques des instrumentaux de Blockhead. Pourtant, le casting a été tout trouvé, la liste de guests tombe sous l’évidence : Aesop Rock, Open Mike Eagle, Billy Woods, Navy Blue, Danny Brown, Bruiser Wolf, Quelle Chris, Armand Hammer, Akai Solo, Despot, Casual et d’autres personnalités plus confidentielles. Ce sont des spécialistes pour la plupart des lyrics ché-per. Ils ne se retrouvent pas dans un rôle à contre-emploi ici, c’est justement un terrain de jeu idéal. On ne peut pas parler de vibe quand on évoque les constructions des prods de Blockhead, plutôt de teintes, en sepia, des fois en nuances de gris, avec un soupçon de mélancolie et de pessimisme. C’est pas joyeux, ni ensoleillé, ça frôle le sinistre, le thriller, le désuet, l’étrange, le surréalisme parfois, sans partir dans un délire X-Files ou spirituel. Mention spéciale pour le tempétueux « The Cella Dwellas Knew » avec son sample de ‘chanson de forte averse’.
Il suffit de lire les intitulés pour comprendre la démarche de cette trackliste infiniment décousue : « Gargamel » (oui le vilain des Schtroumpf) avec ses notes d’électro, « Hater Porn » (c’est un point de vue qui se défend), « 1970’s Post Apocalyptic Skin Flick », « Sad Vampire » (presque un pléonasme)… Les thématiques n’ont rien en commun, les deux seuls dénominateur communs sont 1) cet objectif d’emmener les rappeurs dans un état entre le concret et l’abstrait 2) la conception des instrumentaux propre à Blockhead, qui reste dans sa zone de confort à lui. La créativité des rappeurs a été stimulée afin de créer des pièces uniques, 15 au total, la dernière étant un posse-cut réunissant Danny Brown, Bruiser Wolf, Despot et Billy Woods, des stars du indie hip hop. Ce ne sera pas accessible à tout le monde, loin de là, mais ça a le mérite d’exister.
LA NOTE : 16/20


Postez vos avis!