Nas et Hit-Boy venaient de finir en beauté la trilogie King’s Disease fin 2022. L’histoire n’était pas finie, puisqu’en 2023, ils sortent non pas un, mais deux lapins du chapeau en deux mois d’intervalle : les deux volets suivants de sa série Magic, qui a été le cadeau de Noël de 2021. Il n’y aura donc pas eu une, mais deux trilogies de Nas et Hit-Boy, une royale, et une parallèle sur les miracles du réel.
MAGIC 2 @@@@
Magic ‘volume 1’ avait tellement marqué les esprits, en révélant le haut potentiel collaboratif de Nas et le producteur Hit-Boy, qu’il a fait office de référence immédiate. Un cran au dessus de King’s Disease II. Difficile de recréer un effet de surprise, alors un tour de prestidigitation avec « Abracadabra » et notre attention est entièrement focus sur les prods et la voix du rappeur. Troisième titre, voilà que sort du coffre 50 Cent qui sort momentanément de son statut de riche rappeur retraité pour balancer un petit 16 sur « Office Hours ». Voilà enfin depuis tout ce temps la collaboration entre les deux géants que Queens que plus personne ne croyait possible.
Les référence thématiques sautent aux yeux, et aux oreilles, pour certaines (« Black Magic », la référence à la star des L.A. Lakers « Earvin Magic Johnson » avec un clin d’oeil à Only Built 4 Cuban Links, Heavy D et J Dilla). Autre clin d’oeil appuyé, à l’acteur noir de Harlem « Bokeem Woodbine », références au Boogie Down Productions et le Dogg Pound sur « Pistols On Your Album Cover ». C’est intéressant d’entendre le regard qu’à Nas sur les personnalités liées au rap ou afro-américaines, comment elles ont influencé sa vision, comment elles articulent ses métaphores. Des fois, il reparcourt sa vie avec des titres comme « Motion », qui possède la puissance d’un grondement silencieux. Il faut dire que cette impression au niveau de la prod a de quoi surprendre sur le plan sonore. Nas nous téléporte dans divers lieux avec divers mode de transports sur ce morceau.
Le titre final de cette bonne demie-heure de Magic 2, « One Mic One Gun » avec 21 Savage, a son importance. L’histoire derrière cette autre collaboration inattendue est intéressante. Cela a commencé par une déclaration pas très maline du rappeur d’Atlanta, lorsqu’il a déclaré que Nas n’était plus un rappeur pertinent, ce qui a suscité de vives réactions. Au lieu que choses tournent au vinaigre dans un conflit stérile, les deux hommes ont collaboré ensemble, un joli geste qui s’est traduit par ce titre-là. La magie du respect mutuel.
MAGIC 3 @@@¾
« Three time’s a charm » disent les américains, chez nous c’est « jamais deux sans trois ». Cette fois, c’est la der des der alors autant en profiter à fond. Même si l’effet de surprise s’est estompé, avec le recul, la fin de ce marathon achevé en Septembre 2023 est -il faut le reconnaître- incroyable. Absolument rien d’anecdotique. Nas et Hit-Boy ont encore de la ressource, quitte à nous en proposer un peu de trop : c’est là le souci principal de Magic 3, la lassitude se fait sentir côté auditeur après cinq albums communs… Pour ça aussi que j’ai moins envie de m’étaler dessus davantage. De l’encre qui coule par les pores de Nas, la consistance des prods de Hit-Boy (samples soulful en majorité, beats) font la force de cet ultime opus très qualitatif et homogène entre nos deux protagonistes, où seul Lil Wayne se voit convié (sur « Never Die »). Qui va jouer les fines bouches durant ces trois-quart d’heure? Parmi les pièces que je retiens : « Superhero Status », « Blue Bentley », « Jodeci Member »…
Alors que la trilogie King’s Disease progressait dans le bon sens, celle Magic suivant la tendance un peu inverse. Mais plus je les écoutais, plus je leur trouvais des qualités indéniables. Ce n’étaient pas non plus des chutes de studio de King’s Disease, la vibe et la thématique n’étaient pas tout à fait les mêmes bien que plusieurs points communs les reliaient. Mais quelle constance, quelle matière, quel run ! Applaudissements, merci pour leur contribution mutuelle pour la culture hip-hop.


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