J’étais en train de me demander quand est-ce que c’était la dernier fois que j’avais entendu un album de Jay-Z… Et je me disais « non, impossible que ce soit en 2018 avec Beyoncé (The Carters). Je retrace la chronologie chez Roc Nation et, bam, c’était là : sur A Written Testimony de Jay Electronica. Vous savez, ce rappeur-producteur de Louisiane et membre de la Nation of Islam à la carrière très erratique qui nous promet monts et merveilles depuis 2007, qui est sorti avec Erykah Badu, a sorti en 2009 l’exceptionnel « Exhibit C » (à plus d’un titre), et qui est signé chez Roc Nation depuis 2010, sans qu’on voit poindre le moindre projet depuis. Jusqu’à ce premier album studio officiel sorti lors du premier confinement, quand la Terre s’est arrêtée. Avec des couplets non-crédités de Jay-Z.
Vu l’implication de Jay-Z sur ce projet introspectif, il manquait le ‘featuring Jay-Z’ à coté du titre. J’irai même jusqu’à dire que c’est un album collaboratif qui ne révèle pas son nom. Les couplets qu’il pose et les refrains sont loin de ce qu’il a proposé dans sa carrière, comme s’il s’était accaparé le concept de Jay Electronica, comme si sa coupe de cheveux à la Basquiat l’a emmené sur un terrain inconnu, plus ‘arty’, jusqu’au dernier morceau « A.P.I.D.T.A. » où on l’entend dire « I’ve got numbers on my phone that I’ll never ring again ». Cet album figure d’ailleurs le single paru en 2010, « Shiny Suit Theory » (en référence à P Diddy……) qui figurait déjà Jay-Z, et qui accessoirement figurait aussi au tracklisting de son Act II attendu depuis belle lurette… A Written Testimony démarre également par un speech de Louis Farrakhan et a été sujet à controverse pour des propos jugés antisémites sur « Ghost of Soulja Slim ». Pour les plus jeunes, Soulja Slim (à ne pas confondre avec Soulja Boy) était un artiste de la Nouvelle-Orléans très prometteur signé chez No Limit Records, abattu en Novembre 2003.
Revenons au sujet. A Written Testimony, qui hormis « Shiny Suit Theory » a été enregistré entre décembre 2019 et février 2020, contient des samples assez inhabituels pour un album de rap, mais qui conviennent au flow et à l’esthétique de Jay Electronica, quelque part entre un MF Doom prophétique et Chuck D pour son militantisme. Jay E a une voix qui capte l’attention en un claquement de doigts et des productions étonnantes. Et toujours ces apparitions surprenantes de son patron Jay-Z, avec efficience. Comme on sera surpris d’entendre des bruits de mitraillettes façon Westside Gunn, un instrumental pioché chez Alchemist (« The Neverending Story ») et un The-Dream qui fait des merveilles avec sa voix sur l’hypnotique « Ezekiel’s Wheel ». Carton jaune pour le sample soulful rallongé que No I.D. utilise sur « Fruits of the Spirit », certes superbe, mais le même que Just Blaze a réalisé sur « Never Been In Love » de Talib Kweli en 2004… (J’ai une bonne mémoire, c’est fatal).
On pourrait même se dire que la temporalité de A Written Testimony, imprévu au programme, est une sorte de bénédiction alors que l’humanité entrait dans un point de bascule. Et que si les écrits de Jay Electronica seront désormais gravés pour l’éternité et disponibles à travers le monde, on pourra retenir aussi que les passages de Jay-Z ont été un cadeau tombé du (gratte-)ciel.
Jay Electronica sortira la même année 2020 le très anticipé Act II: The Patients of Nobility (The Turn) -mais où, j’en sais rien- qui n’a été seulement proposé sur les services de streaming qu’en 2025.
LA NOTE : NON EVALUABLE
(chronique écrite le 22 Novembre 2025)


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