Archives du mot-clé Jay Electronica

Talib Kweli « Radio Silence » @@@@


À 42 ans, on peut dire que Talib Kweli Greene a mené une carrière de rappeur bien remplie. Élément incontournable de la scène rap new-yorkaise depuis l’ère Rawkus à la fin des années 90, le BK MC, comme on l’appelle souvent, n’a jamais cessé d’être inactif ni perdu sa très haute considération.

Quitte à passer pour un vieux schnock, je dirai que c’est en partie grâce à des personnes comme lui que le Hip Hop continue d’avoir ses H majuscules, c’est-à-dire des artistes issus d’une précédente génération dorée qui ont su garder l’esprit ouvert, qui véhiculent des messages ayant du sens, qui montrent la voie et proposent de la très bonne musique rap sans avoir peur de tenter de nouvelles choses. C’est dans cette continuité que Talib Kweli livre Radio Silence, un huitième album solo aux couleurs soul/jazz mais aussi électro.

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Chance the Rapper « The Coloring Book (Chance 3) » @@@@½


Alleluia. Voici venue la nouvelle offrande du Kid de Chicago, et je ne parle pas du chanteur soul BJ, mais d’un garçon surdoué qui, sans avoir publié un seul album à proprement parler, a démontré qu’il n’était pas là par un hasard du destin. Oui, aujourd’hui Chance the Rapper est simplement l’artiste rap indépendant le plus influent. Preuve en est, The Coloring Book (Chance 3), successeur de l’acclamé Acid Rap, a défié les prédictions probabilistes en devenant la première mixtape à figurer dans le Billboard américain uniquement grâce au streaming sur Apple Music qui en détenait l’exclusivité. Du jamais-vu. Et voilà qu’après des dizaines de millions d’écoutes plus tard, des commentateurs avisés confrontent cette troisième mixtape du rappeur chanceux avec The Life of Pablo. Mais au-delà des points communs stylistiques avec le portrait inachevé du pape Kanye, la comparaison est plus pertinente qu’elle en a l’air.

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PRhyme (DJ Premier x Royce Da 5″9) @@@


Entre Royce Da 5’9 et DJ Premier, c’est une longue histoire. Il y a d’abord eu ce son qui a fait « Boom« , et notre coeur avec. Puis Street Hop, album solo de Royce paru en 2009 que Primo supervisait, et le résultat était assez inégal. Inutile de dire que les attentes sur ce premier projet commun entre le monstre de la rime originaire de Detroit et le légendaire producteur texan étaient grandes, trop grandes peut-être, comme c’était le cas pour l’EP du duo Bad Meets Evil avec Eminem…

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Mac Miller « Watching Movies with the Sound Off » [Deluxe edition] @@@½


Le responsable du meilleur démarrage dans les charts américains catégorie album indépendant avec Blue Slide Park négocie le virage compliqué du second album. Les auditeurs, qui l’attendaient au tournant, auraient pu croire à raison que Mac Miller s’orienterait vers des choix plus faciles et mainstream pour Watching Movies With The Sound Off (Rostrum Records). Mais en fait pas du tout. Le rappeur de Pittsburgh a pris le contre-pied et le rendu lui convient plutôt bien à condition d’avoir du café avant.

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Reflection Eternal: Talib Kweli & Hi-Tek « Revolutions per Minute » @@@@


Entre 1999 et 2001, le label indépendant Rawkus comptait sur le plus beau vivier de nouveaux talents de la scène new-yorkaise. On leur doit la découverte du duo déjantés High & Mighty, les volumes de Sound Bombing, Pharaohe Monch en solo et l’album mythique des Black Star, qui a ensuite débouché sur le classique Black On Both Sides de Mos Def et l’incontournable Train of Thoughts des Reflection Eternal. Cette rencontre magique entre Talib Kweli, le rookie brooklynite le plus en vue de l’époque, et Hi-Tek, producteur prometteur débarqué tout droit de Cincinnati, a fortement contribué à la très belle réussite de Rawkus, alors garnie d’une réputation d’excellence. Ce brillant album apparu à l’aube du troisième millénaire sera pour les deux acteurs le socle de leurs carrières respectives.

L’eau a coulé sous les ponts depuis. Talib est devenu un des MCs les plus respectables du rap game, Hi-Tek a collaboré avec les plus gros poids lourds du milieu et Rawkus a mis la clé sous la porte, avant de renaître en 2006 avec des moyens beaucoup plus modestes. On ne parle même plus de rap conscient ou de backpackers. Le hip-hop a beaucoup changé en une décennie. Alors ça fait beaucoup de bien d’entendre dire que Talib et Hi-Tek se réunissent pour reformer les Reflection Eternal, c’est une excellente nouvelle. Une question demeure : est-ce que l’alchimie opère toujours dix ans après? Réponse avec Revolutions per Minute.

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NaS (untitled) @@@@½


Nas avait en 2006 provoqué LA polémique, une crise sans pareil au sein du rap game, et ce, rien qu’en livrant un album répondant au funeste nom de Hip Hop is Dead, entraînant alors de nombreux artistes de musique rap et leur public dans des débats houleux, passionnés et argumentés pour en arriver à la question qui dérange : faut-il accepter ce fait (plus ou moins avéré) comme une vérité, et si oui, est-ce réversible ? Les réponses ont été tout juste énoncées que déjà Nas revient semer un vent de panique d’un tout autre ordre, en passant à une échelle ‘bigger than hip-hop’, encore avec un nouvel intitulé, Nigger. Les réactions furent immédiatement explosives. Toute la communauté afro-américaine, les américains haut placés, les médias, tous les concernés ont vivement réagi autour de l’usage de ce mot devenu un tabou aux States, autour de ce fameux N-word ouvertement exposé. Du kérosène aspergé sur les braises d’une dispute sur l’utilisation courante de ces mots blasphématoires dans les textes de rap (tels que ‘nigga’, ‘bitch’, etc.), qui, pour de nombreux responsables de maison de disque, de juristes et président d’associations, sont responsables de la banalisation de la violence et de propos insultants, susceptibles de dévaloriser l’image des Noirs. Des rappeurs comme Master P et Chamillionaire ont choisi de ne plus jurer dans leurs lyrics, libre à eux, mais le problème est plus profond, enraciné dans l’histoire et les mentalités.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Nas a reçu le soutien de beaucoup d’artistes rap dans sa démarche de vouloir briser des interdits imposés par la censure, tandis que d’autres n’y voyaient là qu’un coup marketing. Le défi maintenant était de pouvoir sortir ce disque avec cet intitulé qui fait frémir les Etats-Unis. Connaissant les aptitudes innées de Nas en matière d’écriture et de créativité, je me suis dit en attendant sa sortie qu’il fallait simplement lui faire confiance sur le message qu’il allait porter, son intention est clairement de relancer une révolution invisible à peine voilée. Malheureusement, dans un pays où le racisme est ancré dans les institutions, face à la pression de son label (traduite par des reports de sortie), des distributeurs (Wall-Mart en tête) qui ne supporteraient pas de commercialiser Nigger, Nas n’a pu accomplir sa mission jusqu’à terme. L’album est devenu éponyme (ou ‘untitled’), Nas, un geste félicité par le Révérend Al Sharpton. A vrai dire, il aurait fallu un moyen détourné pour y parvenir, comme les NWA avec Efil4zaggin et 2Pac avec Strictly for my N.I.G.G.A.Z. Mais n’en déplaise à ces hypocrites et autres détracteurs, cette modification ne changeait en rien la nature du contenu. Qui plus est, la photo très parlante d’un Nas au dos scarifié de la lettre ‘N’ en couverture compense le poids du mot ‘nigger’. En revanche, il le réutilise pour The Nigger Tape (lire la chronique) et le 15 Juillet 2008, l’album par qui le scandale arrive sort enfin. Une belle victoire en soi.

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Erykah Badu « New AmErykah Part One : 4th World War » @@@@


À tous les baduistes de la Terre, la reine mère Erykah arrive avec une missive pour éveiller les consciences endormies de son peuple de New Amerykah. Une nouvelle Erykah Badu, une nouvelle musique soul, une œuvre afro-américaine corps et âme dont voici la première partie sous-titrée 4th World War. Ce thème fort à méditer sert à dépeindre le vrai visage de l’Amérique moderne sous des traits sombres et ensanglantés, pointant du doigt ses plaies ouvertes par le système qui oppresse les minorités de descendants d’immigrés africains, maintenus en esclavage dans les ghettos des Etats-Unis de notre 21e siècle.

Retour en arrière pour commencer l’opus, vers les années 70, dans les années Blaxploitation. Malcom X, Martin Luther King, les Black Panthers, Jimi Hendrix,… la révolution était en marche, le rêve d’un métissage culturel, le combat contre le racisme étaient en route. « AmErykahn Promise » (réprise du morceau du même du groupe RAMP produit par l’illustre Roy Ayers) part de cette racine, de l’espoir de cette ère nouvelle, dans laquelle Erykah est née et a grandit, de cette époque pas si ‘peace & love’ pendant laquelle les communautés black ont lancé des affronts dans la volonté d’améliorer leur existence et leurs droits. « Je t’aimerai œil pour œil, dent pour dent (trad) » lance-t-elle dans ce flashback musical qui rappelle un moment clé de cette lutte pour la liberté. Trente ans plus tard, l’aube de ce rêve américain se trouve sous les ruines des archives de l’histoire, le combat continue encore sous une autre forme même si certaines choses se sont améliorées, en façade.

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