« What is a sketch ? Some kind of subjects… » La transition entre ses deux précédents opus chez Virgin et l’album 3 tient en une ligne manuscrite. Libéré de son contrat en major, Dwele signe chez le grossiste indépendant Koch Records afin de voler de ses propres ailes par ses propres moyens. Avec son savoir-faire de musicien/auteur/compositeur/interprète, bercé par les grands classiques de la Tamla Motown durant son enfance, le chanteur originaire de Detroit possède la panoplie complète de l’artiste Nusoul. Il avait d’ailleurs réalisé une apparition remarquée sur le single « Flashing Lights » de Kanye West et nominé cette année aux Grammy Awards pour sa reprise de « That’s a Way of the World ». Au sommet de son art, Dwele livre à 30 ans Sketches of a Man, son album le plus mature à ce jour.
Pour entrer dans l’ambiance cosy de cet album, il suffit de se laisser baigner dans le groove de « Feels So Good ». Dwele y chante explicitement : « This record song is only for the cool session/ It’s juste like sex, but you don’t need no damn protection […] ». La comparaison métaphorique avec le plaisir de l’acte charnel sans préservatif l’esprit tranquille est géniale. Génial, comme cette revisite moderne de « Open Your Eyes » de Bobby Caldwell, un standard connu pour avoir servi de sample pour « The Light » de Common. Andwele Gardner, de son vrai nom, tient aussi à rendre ses meilleurs hommages en musique à son ami Jay Dee aka J Dilla en réinterprétant à sa façon l’instrumental « Workin’ On It » (extrait de Donuts) et d’autres chansons (dont je vous laisserai la distraction de les reconnaître par vous-même) pour composer un medley remarquable. Sans Dilla, il n’aurait vraisemblablement pas embrassé la carrière qu’il a aujourd’hui. Sans les Slum Village non plus, s’il n’y avait pas eu leur hit « Tainted Love », Elzhi et T3 que l’on retrouve justement sur « Brandi », un titre habité par un esprit Soulquarian qui rappelle sensiblement celui de Fantastic vol. 2.
Rhodes, guitare sèche, légers airs de violons, claviers/orgues très soulfuls, parties cuivres à la Roy Hargrove et des rimes passionnelles, tous les ingrédients essentiels à la musique nusoul sont réunis sur ce disque pour synthétiser un nectar doucereux et vitaminé simultanément. On lui doit les down-tempos veloutés « Love Ultra » et « Vain », d’autres chansons aux influences hip-hop telles que « Shady »… un vrai régal tympanique, entre brownies, caramels et tendresses à partager à deux. Pour les besoins de Sketches of a Man, Dwele a fait appel à des producteurs localement réputés, à savoir Nottz (beatmaker basé en Virginie pour Little Brother, Kanye West, Snoop Dogg…) sur « A Few Reason (Trust pt 2) » et Mr Lee de Houston sur le tempo sudiste « Body Rock ». G-1 produit son single « I’m Cheatin’ », où le chanteur raconte le cruel dilemme entre rester avec sa petite amie dont il est amoureux et coucher avec sa très sensuelle amante : « You sexy as hell / But u know my girlfriend too / She says things about ya /Like how you’s a freak at night / How you do things she neva / I neva get the pleasure ».
Ce troisième album s’écoute d’une seule traite grâce à notamment des mini-morceaux (plutôt que des intermèdes contraignants) qui permettent de créer un fil continu entre les chansons. La lecture aléatoire vous est formellement déconseillée. Sketches of a Man dépeint une fresque urbaine de la vie et des expériences de Dwele, à savourer amoureusement en couple en soirée plutôt que seul ou mal accompagné.

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