Public Enemy « How to Sell Soul To Souless People Who Sold Their Soul » @@@@


Hé bien, les papis font la résistance, les Public Enemy semblent toujours aussi increvables par les temps qui courent et malgré la cinquantaine qui approche inexorablement. L’escouade de choc nous avait offert l’an dernier Beats And Places, l’album de leur 20e anniversaire, ainsi que Remix of a Nation, la variante remixée de Rebirth of a Nation (intégralement produit par la panthère noire Paris). Si ma mémoire est bonne, Beats And Places s’achevait sur le titre « If I Gave You Soul ». Pourquoi fais-je allusion à ce morceau, simplement pour faire la transition avec leur nouvelle bombe How To Sell Soul To Souless People Who Sold Their Soul ? (qui se traduit par « comment vendre des âmes à des gens sans conscience qui ont vendu leur âme ? »). Pour des raisons pratiques, j’abrégerai ce nom à rallonge en HTSSTSPWSTS? (afin d’éviter de le retaper en entier à chaque fois). Détail important sur ce disque carrément énorme :  le retour du Bomb Squad à la production, en la personne de Gary G-Wiz. 

Sorti aux Etats-Unis en Juillet 2007 (au début d’année dans l’Hexagone via le distributeur Nocturne), ce nouvel album renouvelle légèrement le slogan des PE. De ‘power to the people’, on est passé à une formule aussi symbolique que classique : ‘soul power’. Et de la soul music, en veux-tu en voilà généreusement avec « Harder Than You Think », « See Something, Say Something » et « Escapism » qui rend hommage au Godfather, James Brown, dont ses œuvres intemporelles ont été abondamment samplées par les Public Enemy à leurs débuts. Les porte-voix des insoumis au système et des minorités en quête d’espoir ne cessent de balancer des missiles anti-gouvernementaux (dont « Amerikan Gansgter » qui juge les politiciens véreux et manipulateurs) et se torchent publiquement les fesses avec le drapeau américain, jusqu’à réveiller les consciences avec vacarme par des titres hard rock explosifs tels que « Back To Black » (une reprise des AC/DC) et « Frankenstar », critique acide des artistes fabriqués de toutes pièces. C’est très lourd au sens pur et dur, c’est diaboliquement fort, ça fout une patate d’enfer. Il devient rare de nos jours d’écouter des chansons rap qui donnent envie de bouger pour une cause fédératrice, redonner la parole aux gens et faire entendre si possible bruyamment par une démocratie qui fait la sourde oreille. Car il n’y a pas plus sourds que des gens hauts placés qui font mine de rien entendre. 

L’auditeur sera témoin que HTSSTSPWSTS? a été l’occasion pour les Public Enemy de réaliser des collaborations aux airs de retrouvailles bienvenues, mais aussi des collabos suffisamment rares pour être citées. Monsieur HH répondant au surnom de KRS-One prêche la bonne parole sur « Sex, Drugs & Violence », le crédo qui a remplacé « peace, love & unity », et Redman (le producteur, pas le rappeur) apporte une touche de Funk sur « Can You Hear Me Now ». Chose inhabituelle aussi, Flav le trublion ne compte pas un, ni deux morceaux solos sur ce disque, l’animateur de Flavor of Love se contente de trois pistes (« Flavor Man », le old school « Col-leepin » et « Bridge of Pain »). Chuck D quant à lui garde son sérieux et sa concentration en n’importe quelles circonstances, que ce soit lors de « The Enemy Battle Hymn of the Public » ou « Eve of Destruction » qui clôt l’album par la coutumière marche pour l’anarchie. 

Beaucoup les croyaient déjà bons pour les musées, et bien non, trop pas. Sincèrement, la seule chose qui a changé chez eux en vingt ans d’une carrière bien fournie, ce sont les tempos moins rapides. Bien sûr leur glorieuse période chez Def Jam est déjà loin derrière, mais leur énergie pure, les messages forts qui génèrent les liesses populaires, les cacophonies instrumentales alternativement rock et soul ont su demeurer intactes au fil des années, contrairement à leurs cibles républicaines qui en prennent pour leur grade. Et que dire des perfs ahurissantes de Chuck D et Flavor Flav, ils sont au top de leur forme, ils ne font pas du tout leur âge. C’est littéralement bluffant quand j’y pense lorsqu’ils se lâchent derrière le micro ou sur scène pour continuer la lutte sans qu’on puisse leur coller une image de vieux réacs. À classer monument historique, dans la galerie hip-hop conscient 110% véritable.

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