Madlib « Shades of Blue » @@@@@


Longtemps méconnu pour ses talents de sampleur hors-norme, Madlib, producteur vedette de la maison Stones Throw, a réalisé un coup d’éclat formidable en 2003, lorsque le prestigieux label de musique Jazz, Blue Note, lui laisse l’opportunité de revoir à sa guise des grands classiques de leur éminent catalogue. Faire du neuf avec de l’ancien, qui plus des œuvres des années 60 et 70 censées demeurer intouchables, c’est comme si on demandait les services d’un peintre fou furieux pour redessiner des toiles de Van Gogh ou Picasso. Otis Jackson Jr, de son vrai nom, est un vrai fou de Jazz et de Soul depuis sa tendre enfance, et son éthique débridée lui autorise à reconfectionner ces Blue Note Classics avec sa MPC et ses baguettes, de batteur et de maestro. Nom de ce projet : Shades of Blue. Sous-titre : Madlib Invades Blue Note. Superviseur : Peanut Butter Wolf.

En tout et pour tout, onze morceaux de jazz ont été rénovés, reliftés, tunés,… bref, révisées entre les mains expertes et passionnées Madlib. Les astérisques sur le dos du boîtier signalent les remixes, 7 au total (dont l’intermède « Andrew Hill Break »). Pourtant, il y a en tout et pour tout 16 pistes, il faut soustraire l’introduction, deux interludes et l’outro. Manque un titre, « Funky Blue Note ». La raison est simple, ce morceau est une composition entièrement originale de la formation Morgan Adams Quartet Plus Two, Madlib étant l’auteur de cet hommage au label sexagénaire (bientôt septuagénaire en 2009). Morgan Adams aux orgues, Madlib à la batterie et vous obtenez un instrumental bien connu des spécialistes : « Stormy ». Il rajeunit aussi « Song For My Fathers » et « Peace/Dolphin Dance » de Horace Silver (déjà repris par le célèbre jazzman Herbie Hancock en ce qui concerne « Dolphin Dance ») en dirigeant les Sound Direction puis Joe McDuphrey, ainsi que « Footprints » de Wayne Shorter revu et corrigé par son groupe de modern jazz des Yesterdays New Quintet. Modernise des œuvres intemporelles n’aurait pas de sens si ces réinterprétations n’étaient pas aussi… autodidactes dira-t-on. Mieux que des exercices de style, de véritables de prouesses.

J’en reviens aux fameux remixes, une application où Madlib s’en donne à cœur joie. Avec les technologiques modernes et les boutons de sa MPC, il sample, bidouille, manipule, réarrange des vieux enregistrements à sa guise pour leur redonner une seconde vie, en les ‘hip-hopisant’ si l’on puit dire. Il rajoute des beats, accentue les basses, lisse les contours en rajoutant des vibes, des cuts, soit les siens, soit ceux de DJ Lord Such. Admirez le résultat telle une restauration suivie d’une préparation tuning d’une muscle-car mythique ou d’une ancienne décapotable chromée type Cadillac devenues plus belles, plus « fashion » et plus sportives après les tours de mains d’un carrossier et mécanicien extrêmement ambitieux. Des œuvres d’art transformées en œuvre d’art d’un autre genre : les palmiers de « Please Set Me At Ease » avec un couplet de MED, la puissance des voix de « Step Into Tomorrow » qui nous emporte dans un autre monde (à noter que cette piste est introduite par quelques mots de MF Doom), les flûtes de « Montara »… Autant de morceaux mémorables qui font de Shades of Blue un album remarquable d’ingéniosité.

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