Les jours suivant le décès de D’Angelo, ce réflexe impérieux de replonger dans sa musique. Retomber sur le point d’orgue de sa musique, mis dans le bain immédiatement avec le Nième visionnage de ce clip multi-récompensé « Untitled (How Does It Feel) ». Putain, quel beau mec sérieux, et quelle voix, ce frisson, cette intensité divine, cette puissance sur la fin, qui va de concert avec cette guitare si forte et sensuelle. Un sommet, définition de perfection, un moment qui se suspend dès les premières notes de guitare. Le voir dans cette vidéo, corps d’Apollon dénudé en plan séquence, habité par son interprétation. Tout est dans le titre, ou pas : tout est dans les sensations. J’en chialerais presque à chaque fois.
Cette chanson (co-composée par le génial Raphael Saadiq) est la 12e sur les 13 tracks de Voodoo, ce second opus de D’Angelo, le grand frisson parachevant un massage musical total.

Le maestro de cet album : le métronome et batteur des Roots, ?uestlove. L’apport du trompettiste Roy Hargrove (RIP il manque trop) tel un encens laissant entrevoir l’esprit de Fela, est essentielle de même que James Poyser et Pino Palladino à la basse. Quatre piliers du mouvement Soulquarian dont Voodoo, en est une des ses belles représentations versant nusoul. Le coup de batterie, la trompette, le clavier de beau gosse de D’Angelo, la basse bien posée : bienvenue sur « Playa Playa ». Derrière ce groove irrésistible, l’influence de J Dilla (crédité nulle part mais qui a co-inspiré ce disque par la force de l’esprit semble-t-il), la clef de voute des Soulquarian. Le cadre de l’album est posé. A l’écriture, son ex-femme Angie Stone et Q-Tip ont donné de jolis coups de crayon.
Voodoo est un chef d’oeuvre d’une immense maturité, un monument de la musique afro-américaine, le marqueur ultime d’une époque bénie, composé de 13 grandes chansons. Dont une sublime reprise de Roberta Flack (« Feels Like Makin Love »). La production géniale de DJ Premier pour « Devils Pie » est redoutable. Avec ce bip ultra-rapide qui tombe decrescendo, ces caisses qui tabassent et ce sample de contre-basse qui rappelle « It’s Only Right » du rappeur OC sur Jewelz, et les propos très politiques de D’Angelo. La somme de tous ces éléments. Le double featuring Method Man & Redman s’accueille à bras ouverts. Les blunt bros, très réclamés à cette période, offrent sur ce riff très funky deux couplets chacun pour notre plus grand bonheur. Un côté très funk/soul que l’on retrouve sur l’incontournable « Chicken Grease ». Quelque chose de divin et de mystique habite tout Voodoo, sinon il ne s’intitulerait pas ainsi vous ne croyez pas? L’enchainement « One Mo’ Gin », « The Root » et « Spanish Joint » est juste parfait. Et ce falsetto qui concurrence celui de Prince, que dire, tellement ça joue sur nos émotions. Et la façon dont se termine Voodoo avec le magnifique et touchant « Africa », on ne pouvait pas imaginer plus belle conclusion. Toute cette musique, cet alignement des planètes, cet homme archangélique.
Déjà qu’il nous avait, lui et Erykah Badu, fait tomber amoureux de la néo-soul au milieu des années 90, le mythique et mystique Voodoo nous en a carrément rendu fétichiste. Une Soul nouvelle très ancrée dans ses racines africaines, transcendante, et belle gosse, avec un vrai sex-symbol comme porte-drapeau. Tout le corps et l’esprit réagissent à Voodoo de D’Angelo. Sûr que des bébés ont été conçus sur ce suprême classique mais au-delà de ça, il se passe quelque chose de rare et d’unique à son contact, quelque chose de surnaturel. Aujourd’hui, toujours les poils qui se hérissent, et les yeux embués depuis son décès en octobre 2025.
LA NOTE : 21/20 (OUI J’AI LE DROIT)
(chronique écrite le 10/11/2025)


Postez vos avis!