Pour Westside Gunn, l’année 2025 avait très bien démarré, d’abord avec sa mixtape 12. Personne ne se doutait alors qu’il s’agissait d’une sorte d’apéritif dinatoire pour la suite à venir : une trilogie. Heels Have Eyes, c’est son nom, fruit d’un deal avec Roc Nation et dont le premier volet sorti en Avril en format EP 5-titres avait fait mouche avec des titres comme « Goro » et « Egypt ».
HEELS HAVE EYES 2
Avant de discuter de l’album, une question : pourquoi les pochettes des albums ont été remplacées? Au début, c’étaient les figures du catch Ted Dibiase et Virgil qui ont été choisies comme photo. Mais la WWE (la ligue de catch) a fait les gros yeux colères pour des histoires de droits intellectuels. En réponse, le rappeur de Buffalo a opté pour le visage de Joshua Bishop, qui n’est autre que le catcheur signé sur la ligue indé de catch de Westside Gunn. Oui, vous avez bien lu…
Le 2e volet est paru fin aout 2025 et les beats boom-bap signés Cee Gee dont mouche immédiatement, d’abord avec « HEEL CENA » puis l’onctueusement jazzy « AMINA’S KITCHEN », avec ce délicieux saxophone le long du monologue final. Un vrai bonheur ce morceau, ça rappelle pourquoi on kiffe tant le rap Eastcoast. Il y a pas mal de substances (…) sur ces deux volumes, même si on soustrait tous les gimmicks habituels, les mêmes depuis dix ans, qui prennent beaucoup de place. « AUNT GINA » feat Skyzoo, « DENMA LEFT BALENCI » produit par DJ Muggs et « BLOW HENDRY » avec MIKE (quel sample magnifique) sont des petits oeuvres d’art qui n’oublient pas non plus d’être new-yorkaises à mort. Buffalo c’est la porte à côté après tout. Parmi les autres producteurs en vogue, Conductor Williams fait irruption sur « MANDELA ». On peut deviner son style sans qu’il ait besoin de poser son gimmick d’intro.
Conway est le grand absent de cette mini-trilogie (‘mini’ car la durée totale approximative cumulée des 3 projets est de seulement 1h10), normal il ne fait plus partie de la clique Griselda depuis deux ans. Benny the Butcher le supplée avec loyauté, et avec son flow de fournisseur qui a fait l’école de commerce dans la rue. Il répond présent sur l’horrible « POWER HOUSE HOBBS ». Je dis ‘horrible’ car l’instru très sale est construit autour d’un orgue sinistre ininterrompu qui fait froid dans le dos. Impossible de dire si c’est écoutable, mais impossible de skipper non plus, peut-être parce que ce son nous pétrifie. Sur « BRIKOLAI VOLKOFF » (signé Harry Fraud), la vedette c’est Stove God Cooks avec son style entre ODB et Pharrell quand il fait trembler sa luette.
HEELS HAVE EYES 3
Pas vraiment un copier-coller du 2 sur cette partie 3 (sortie en Octobre 2025), mais on y retrouve déjà sur les pistes 2 et 3 Benny le boucher et Stove God qui cuisine, ainsi que les producteurs Cee Gee, Denny LAFlare… Plus ce cher Daringer, dont l’absence sur le précédent volume peut surprendre quand on sait qu’il est l’un des façonneurs du son de la maison Griselda. Ici sa patte demeure relativement discrète (« MANKIND », « R TRUTH ») comme s’il faisait simplement partie du décor. Ce qui laisse d’autres morceaux dark boom-bap briller comme « TIFFANY BLUE » (avec ce sample de piano typique) et « BABAS ». Un autre bonhomme de Griselda, et dont la réputation commence à grimper, c’est Rome Streetz, qui impose sa présence sur « TITO SANTANA ».
Westside Gunn réussit encore le tour de force d’impressionner la galerie, sans donner l’impression de forcer. Sa recette reste la même depuis des années, ses schémas de rimes, son flow, inchangés. C’est blasant c’est sûr mais ce qui est dingue, c’est qu’il parvient après toutes ses années à continuer de créer, de capter l’attention et fournir cette dope que tout le monde veut entendre de lui et sa bande. Et dans les choses qui demeurent, ses inspirations, notamment une pensée pour le styliste Virgil Abloh que beaucoup de rappeurs adulaient.
Ah, on peut entendre le catcheur Josh Bishop (qui figure en photo plein de sang sur les pochettes renouvelées donc) sur l’outro.
LA NOTE POUR LE LOT : 16/20


Postez vos avis!