Ce n’était sans doute pas la bon moment pour Jadakiss de sortir son cinquième album, la faute à ce foutu coronavirus. C’était durant le premier confinement, humpf. Malgré le contexte de la pandémie qui a mis la planète entière en arrêt, J to the Muah a réussi à marquer les esprits comme un des faits rapologiques marquant de 2020. Cette sortie dont je parle se prénomme – si je puis dire – Ignatius (SoRaspy/D-Block Records/Def Jam), qui n’est pas le troisième prénom de baptême de Jason Philips, mais le nom de IcepickJay, qui fut producteur et le directeur artistique des Ruff Ryders, disparu d’un cancer en 2017.
Quand on écoute un album de Jadakiss, la grande question est de savoir si l’album tient la route. Parce qu’on n’a strictement aucun doute sur ses compétences de MCing, c’est un fait établi, depuis plus de deux décennies au moins, qu’il est l’une des fines plumes les plus respectées du rap US. Mais la D.A. de ses solos, c’était généralement bof-bof, toujours du très bon mêlé avec du moins bon. Alors, peut-être qu’en faisant appel à l’esprit d’Ignatius, cela conjurerait le sort… Cet opus est principalement produit par S.Dot et Buda and Grandz, des noms sans aucune notoriété, mais dont les instrumentaux à la fois street et léchés sonnent indéniablement New-York. Ouais, même les titres cross-over comme « Need Your Best » avec Ty Dolla $ign.
Cela ne sert à rien de critiquer les passages un peu r&b de l’album, car finalement, cela fait partie de l’ADN musical de Jadakiss. Depuis le remix de « Honey » de Mariah Carey, ça remonte cette affaire (1997). L’album demeure court et relativement homogène, ce qui est un bon point. La voix plus enrouée du rappeur avec l’âge, ses gimmicks avec son fameux « HA-HAAA » et autres ad-libs, ses lyrics, son ton, c’est un vrai plaisir d’écouter Jadakiss en mode grown ass rap. Encore plus comme un mec comme Pusha T pose à ses côtés sur « Huntin’ Season ». On pourrait par contre lui reprocher d’avoir invité en featuring les artistes à la mode comme 2 Chainz (sur le « Angels Get Manucured », ça c’est du titre), Rick Ross (le classy « Kisses to the Sky »), Ty$, la rappeuse Dej Loaf… ou encore John Legend qui nous assoupit sur la fin d’Ignatius (« I Know »). Jadakiss a toujours été quelqu’un d’opportuniste, qui surfe sur le moment plutôt que se concentrer sur avoir un propre univers musical à lui. Un défaut dont on a fini par s’habituer à force… Par contre là, il n’y a même pas ses autres confrères des D-Block mais le nouvel album des Lox chez Roc Nation suivra peu après.
Disons qu’on ne cherche plus à commenter comment Jadakiss devrait faire ses albums, d’autant qu’ici il est exploite plutôt bien ses talents et il y a quoi s’en contenter. Des titres comme « Keep It 100 » ou la façon dont le sample de « Give Me Your Love » de Peabo Bryson est utilisé sur « ME » est franchement cool. Oui, Ignatius est un bon disque de Jadakiss, ça en valait le coup.
LA NOTE : 14,5/20


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