Kurious a un profil de carrière du genre atypique. En 1994, alors qu’il était signé echez Sony-Columbia et poussé par Greg Nice et Bobbito, le MC new-yorkais avait sorti l’album Constipated Monkey qui a reçu de très bonnes critiques, servi par ce single « I’m Kurious » qui est resté dans les mémoires collectives. Puis étrangement, il disparaît des écrans, avant de ré-apparaître des années plus tard aux côtés d’un curieux personnage… MF Doom, sur la track « ? », tiré de l’oeuvre culte Operation Doomsday.
Leur amitié a abouti à d’autres collaborations, notamment « Supervillainz » en 2007 (sur BORN LIKE THIS) et comme retour de faveur, DOOM a posé sur « Benetton » en 2009, extrait son album II passé presqu’inaperçu. Tablant sur la cinquantaine, la carrière très locale et underground de Kurious connaît comme par miracle une seconde vie cette décennie 2020. En particulier en 2024, quand il sort en indépendant Majician sur … ‘abracadabra’, Metal Face Records (et Rhymesayers), structure de feu MF DOOM, qui, comme vous le savez, a disparu le jour d’Halloween en 2020. Si ça c’est pas de la sorcellerie comme fin de vilain…
Majician est intégralement produit par l’artisan Mono En Stereo (Homeboy Sandman, Action Bronson). Pourtant, sur chacun des 15 titres, on a cette impression que le fantôme de MF Doom plane dessus, comme s’il était le producteur exécutif depuis l’au-delà. Kurious délivre des couplets sans refrain, avec une qualité audio qui rappelle les bonnes vieilles cassettes. Les boucles brutes et très variés de Mono En Stereo piochent dans la musique latine (la voix féminine de « Bacalao Opera »), pour rappeler les racines cubaines du rappeur (qui se surnomme parfois Kurious Jorge), comme des breakbeats funky (« 1984 »), du Herbie Hancock (« Open »), Lee Fields… « Majic Interlude » a des faux-airs de Tribe Called Quest (normal ils partagent le même sample de Minnie Ripperton sur « Lyrics To Go »).
Et le plus dingue, c’est qu’on jurerait entendre un album de DOOM par moments, comme s’il était interprété par quelqu’un d’autre. Passé cette ressemblance troublante, Kurious s’implante comme un citoyen new-yorkais et son approche old school ainsi que ses thématiques lui permettent de converser son intégrité stylistique. Majician est un album dans l’ensemble assez riche et fourni, qui effectivement puise son inspiration artistique dans la discographie mythique de DOOM, sans chercher à caricaturer. On salue ce tour de force de la part de Kurious, qui continue davantage de perpétuer son caractère OVNIesque. A noter sur la pochette les mots ‘parte uno’… ce qui laisse entendre une suite prochaine?
LA NOTE : 15/20


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