Il y a eu pas mal d’artistes que j’ai surkiffé dans les années 2010 et qui m’ont étrangement moins passionné la décennie suivante après le COVID. Je ne sais pas si je dois m’en inquiéter, en tout cas c’est assez flagrant comment mon ressenti personnel pour leurs récents projets se traduisait par un certain désintérêt. Je pense à Noname sans le Gypsy, Smino, Mick Jenkins un peu, Joey Bada$$, Kojey Radical… Sans remettre en cause leurs immenses talents et leurs univers artistiques, j’ai cette impression désagréable que le courant passe moins. Peut-être les instrus où j’accroche moins, ça compte beaucoup vous savez. En fait, c’est comme se lasser d’une personne bourrée de qualités, l’euphorie des débuts puis le frisson qui part, comme ça. C’est un peu ce sentiment qui m’a parcouru tout du long de Please Don’t Cry de Rapsody…
J’ai été très tôt à supporter Rapsody, au début des années 2010, alors qu’elle faisait partie du groupe Kooley High et se lançait en solo à travers des mixtapes (Black Mamba) ou EP (Beauty & The Beast). Je l’ai vu vaincre sa discrétion et sa timidité, grimper les échelons avec ses deux premiers solos, heureux de la voir signer chez Roc Nation et j’ai encore Eve en mémoire, le point culminant de sa carrière. J’ai alors naturellement accueilli son quatrième album studio Please Don’t Cry à bras ouvert, surtout après le single très sensuel « 3am » avec madame Erykah Badu. Parmi les producteurs, pas de 9th Wonder, Nottz ou Khrysis. Du Soul Council, la rappeuse n’a gardé que Eric G, et s’est tourné vers la révélation Blk Odyssy, chanteur et producteur qui fait jubiler la critique depuis 2011 avec l’album BLK VINTAGE. C’est son choix, je l’accepte de bon coeur.
Je reste pourtant très sensible à ses insécurités (la pire pour elle étant de se sentir abandonnée), ses doutes, les critiques qu’elle subi sur son identité qu’elle affiche fièrement, Rapsody est vulnérable comme tant d’autre. Elle a la force de nous le partager et le verbaliser en rimes. Beaucoup de textes vont dans ce sens de l’introspection. Et pour l’accompagner sur cet opus, une figure maternelle que la génération de quarantenaire et plus connait fort bien, Phylicia Rashad, l’actrice jouant nulle autre que Claire Huxtable dans la célèbre sitcom Cosby Show. Changer de producteur permet aussi pour la rappeuse de sortir de ses propres sentiers en touchant du doigt la pop (« Diary of a Mad Bitch » avec Bibi Bourelly) et le reggae sur « Never Enough ». J’apprécie beaucoup d’entendre Lil Wayne sur un instru jazzy comme « Raw » ou des extraits comme « Asteroids » avec Hit-Boy, Rapsody propose de la nouveauté.
Après, je m’en veux de ne pas pouvoir aimer Please Don’t Cry plus que je le devrais… Et je suis bien incapable d’expliquer pourquoi. J’espère que ça ne sera qu’une phase et que je reprendrai plaisir un beau jour à écouter les futurs projets de tous ces artistes que j’ai cité. C’est déjà le cas de ses nouveaux extraits avec des prods de Madlib.
LA NOTE : 15/20.


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