Alors comme ça, J.Cole a fini par quitter Roc Nation. Ainsi soit-il. Le voilà sur un nouveau départ, avec une nouvelle mixtape à la clef. ‘Mixtape’ aujourd’hui n’est plus qu’un terme galvaudé qui signifie juste « un projet qui n’est pas considéré comme un album par son auteur ». On a connu un temps où c’était une cassette ou CD pressé à l’arraché et mixé par le pote DJ du rappeur ou un autre DJ populaire. Après The Off-Season en 2021, Might Delete Later est le second projet de Jermaine Cole censé nous préparer à The Fall-Off. A moins que ce sont lui qui essaie de s’y préparer…
J.Cole ne part pas de nulle part non plus. Son label Dreamville est signé en partenariat chez Interscope, qui est devenu sa nouvelle major. On retrouve dans son écurie Ari Lennox, qui figure sur la piste 1 « Pricey » en compagnie de Gucci Mane. Mais plus pour très longtemps car la chanteuse soul/r&b a quitté Dreamville suite à des désaccords l’année suivante… Soit. J.Cole s’est principalement focalisé sur la performance, le emceeing, laissant de côté les prods à des noms comme ATL Jacob, Daoud, FNZ, DZL, etc., des blases identifiés comme trap music. D’où ces beats sont secs, punchys, lancinants sur lequel J.Cole pose des flows incisifs. Des fois un peu de gratte, comme c’est souvent le cas sur les albums de Cole. Pourtant, il y a bien le nom d’Alchemist qui apparaît sur « Stickz N Stonez », une surprise, et Daylit gère la bonne connexion avec Ab-Soul sur le long « Pi » (presque 6 minutes). Bien vu aussi le sample soul pitché façon Dispet sur « Ready ’24 » (avec Cam’Ron en invité). Autre collaboration intéressante, celle qui amène l’accent britannique sur « H.Y.B. » avec Central Cee, la star montante venue d’Angleterre. Il y a « Fever » qui fait tâche avec son approche faussement r&b au milieu d’un projet qui peut semble parfois terne.
Pour montrer qu’il est plutôt énervé et bouffi d’égo, ses lyrics deviennent censurables et on n’est pas à l’abri de bonnes punchlines (dont « my dog only sheds tears in emoji »). J.Cole, comme sur The Off-Season, demeure relativement convaincant, s’il ne cherchait pas à montrer un visage qui ne lui ressemble pas trop, ou rappeler sans arrêt à tout le monde le statut qu’il estimer mériter dans le rap game. On sait tous dans le fond que c’est quelqu’un de gentil, doué et d’intelligent, mais avec MIGHT DELETE LATER, on ignore quelle mouche l’a piqué. Au point de pondre « 7 Minutes Drill » sur lequel il s’est en pris frontalement à Kendrick Lamar, sans insulter. Un geste qu’il a aussitôt regretté. Il s’est dégonflé, s’en est excusé lors d’un concert et ce fameux freestyle, comme la mixtape l’indique, a été 48h plus tard supprimé des plateformes. Trop gentil je vous dis, il n’a trop pas assumé. C’est con d’avoir retiré ce qui faisait presque tout l’intérêt de cette mixtape, qui, elle, n’a pas été effacée, toujours dispo pour se faire un avis et pas inoubliable.
LA NOTE : 14/20


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