Ce Pink Siifu, pas mal de fines ouïes l’avaient remarqué en 2018 avec Ensley, des critiques aussi, à l’affût des rappeurs indés les plus étranges de la planète. Pour ma part, c’est par le biais de son projet alternatif B.Cool-Aid que j’ai pu le découvrir, d’autres en compagnie de Fly Anakin… GUMBO’! paru en 2021 (2022 sur les plateformes), c’est pour la leçon de rattrapage, option découverte du bonhomme et sa musique.
Atypique pour un mec d’Alabama, voilà comment en quelques secondes on peut identifier Pink Siifu. Les apparitions de Big Rube d’abord, notre narrateur sudiste préféré, suffit à marquer l’héritage des Outkast chez ce garçon. Les trois premiers morceaux de l’album suffisent pour montrer l’étendue du spectre musical dans lequel trippe complètement Pink Siifu avec sa voix d’E.T. ultra-caractéristique, ce chat dans la gorge qui se transforme parfois en une sorte de râle suave quand il se fond dans les instrus jazzy. « Gumbo’! 4 tha Folks, Hold On » dévoile déjà son attirance pour la néosoul à travers cet instru signé DJ Harrisson (grand fan de J Dilla et membre du groupe jazz Butcher Brown qui compose deux titres plus loin) tandis que « Wayans Bros » et « Rosoce’! » nous plongent dans ce qui peut être appelé de punk-rap, ce style récent et énervé que des êtres comme Danny Brown et JPEGmafia arborent fièrement. Ah, sur la seconde partie de « Fk U Mean/Hold Me Dwn », très cool ce clavier qui rejoue l’air laid-back de « I Get Around » de 2Pac.
L’empreinte musicale de Pink Siifu fait le grand écart entre ça, et parfois mélange d’un peu tout ça, comme un hybride dont les mutations se voient aussi sur les caractères et la ponctuation du tracklisting, avec ces lettres qui disparaissent et ces points d’exclamation précédés d’une apostrophe. Me demandez pas la signification de ça, je l’ignore totalement. Alors, pendant une heure intense et pleine de surprises, le rappeur-producteur (producteur sous l’alias Iiye) nous balance entre ces instrumentaux rap pittoresques avec de grosses basses (« BACK’ », « Bussin’ (Cold) », « Doin Tew Much », « BRAVO’! ») et des moments néo-soul comme sur « Scurrrrrd » (avec Georgia Ann Muldrow et les Butcher Brown), le downtempo « SMILE (wit yo gold) » (avec Coco O) et « lng hair dnt care » (avec Ted Kamal) qui s’achève sur un super rendu au ralenti.
La vibe sudiste/jazzy s’exprime parfaitement sur des morceaux tels que « Call tha Bro (Tapped In) » (featuring Maxo), où une apparition de Isaiah Rashad aurait été parfaite, et « Voicemails Uptown », avec le trop rare Monte Booker (un de mes producteurs new generation préféré) et Lance Skiiwalker de la maison TDE (bon on aura au moins lui). Au milieu de tout ça survient dans le plus grand calme le drumless beat de « Livin Proof (Family) » signé Alchemist, et qui reste bien longtemps dans la tête. Le flow ‘mumble rap’ et la voix de Pink Siifu font de lui comme une sorte de caméléon, capable de s’adapter à n’importe quel environnement, en le façonnant à sa personnalité et son identité. Il est également très entouré sur GUMBO’!, ses ‘folks’ comme il dit. Le « gumbo » est un plat traditionnel, ici revisité et qui sert à nourrir ses proches comme nos organes auditifs.
LA NOTE : 16,5/20.


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