
…J Dilla. C’est le sous-titre alternatif de ces nouveaux volumes 5 et 6 de Beat Konducta (ils vont toujours de pair), dont l’appellation officielle est Dil Cosby & Dil Withers Suite. Ce volet fait suite à Beat Konducta in India (lire la chronique) qui nous a fait voyager à travers la culture hindou. De retour de cette cure d’exotisme sur le chemin du culte, Madlib a décidé de rendre hommage à son vieil ami J Dilla avec qui il a échangé son matériel en 2003 sur le symbiotique Champion Sound, garni de breaks aujourd’hui incontournables. Ce Beat Konducta est sorti le 9 Février 2009, soit la veille de la date du troisième anniversaire de la disparition de James Yancey, lui-même décédé peu de jours après la sortie de son ultime répertoire de loops, Donuts. D’ailleurs, le label Stones Throw a décrété le Dilla Month pour tout le mois de Février. Il va sans dire que cet album de Madlib fut un achat obligatoire pour moi et que j’ai beaucoup de mal à m’en descotcher les oreilles.
Dès la première piste (sur les 42 mini-instrumentaux qui vont suivre), on est subitement immergé dans l’univers sonore typiquement madlibien. On y retrouve ces samples extraits de disques de vinyls sortis de sa collection personnelle ou fraîchement ‘diggé’ chez un disquaire. Ces samples sont merveilleusement soulful et jazzy, avec toujours une pointe d’électro, comme d’habitude me direz-vous, mais ces breaks ont une saveur toute particulière. Sur le tracklisting il est facile de trouver quels sont les titres en hommage à Dilla, c’est marqué dessus mais tout le long des deux volumes, Dil Cosby puis Dil Withers (chacun composé de 21 beats), Madlib rajoute des éléments spécifiques au style de Jay Dee (des bouts de synthé, les fameuses sirènes, des phrases lancées comme son célèbre ‘Turn it up!’…) ou recompose certaines portions de ses beats à sa manière. Ce n’est pas du Madlib qui fait du son à la J Dilla, c’est du Madlib qui s’inspire du travail de son défunt collaborateur, nuance.
On ne décroche pas une seule fois son attention sur ces instrus qui s’enchaînent inlassablement, contrairement aux anciens volumes où des fois, j’appréciais certains instrus plus que d’autres et ça ressemblait un peu à des essais libres, une sorte de tambouille faite sans calcul, juste au feeling. C’était mon impression perso, que je ne retrouve pas sur ce vol 5-6. Du début jusqu’à la fin, on est plongé tout entier dans la discothèque de Madlib. On apprécie chacun de ses beats, ses échantillons de musique, pitchés ou distordus, on les découvre avec plaisir, on se les passe en mode repeat si on a envie, puis on a hâte de passer au suivant, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on se rende compte que le silence prolongé indique que la lecture est finie. Il est bien souvent peu probable de reconnaître les disques samplés (car rares pour la plupart), mais j’ai tout de même repéré un !!! une boucle de Jamiroquai sur « Never Front ». Je ne sais plus quel titre ou de quel album ça provient, mais je suis certain qu’il s’agisse de Jamiroquai, ma main à couper, j’ai tous ses disques (je vous dirai quelle chanson quand j’aurai remis le nez dedans). Extrêmement inspiré le Madlib, autant que sur Shades of Blue. Il y va au feeling bien entendu mais il s’est surpassé pour l’occasion, c’est splendide, succulent,… Cela reste toujours artisanal, manuel si je puis dire, confectionné qu’avec des machines, très peu (ou pas du tout) de logiciels, ce qui permet de conserver l’âme soul et la pûreté de ses samples, exempts de superflu. J Rocc l’assiste pour poser des scratches discret, on reste entre dans l’esprit Stones Throw.
Grosso modo, Madlib étale son génie en nous transportant dans sa vision de la musique, un aperçu de sa caverne d’Ali Baba en nous faisant goûter tour à tour à ses vinyls de soul ou jazz music les plus rares, d’en extraire ses échantillons les plus délicieux et subtils, de ses rythmiques les plus recherchées,… C’est bien plus qu’un catalogue de beats servant à déployer son talent et ses influences, ou qu’un hommage artistique pour dire adieu, c’est au-delà de ça. C’est l’une des galeries d’art moderne les plus édifiantes de sa carrière avec Shades of Blue, spécialement dédiée à Jay Dee aka J Dilla. Indubitablement le meilleur volet de la série Beat Konducta.

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