KRS-One and Marley Marl « Hip Hop Lives » @@@@


Les beefs et les diss sont devenus un phénomène de mode mettant au défi la crédibilité des rappeurs à travers des scoops médiatiques qui se propagent à vitesse grand V sur Internet. Si les concernés parlent de compétition pour alimenter leur réputation et maintenir leur statut, leurs conséquences au sein du rap game ont provoqué une régression de la qualité de cette musique et un désintérêt croissant des hip hopeurs. Comprenez maintenant pourquoi Nas a clamé que le Hip Hop est mort…Un petit historique s’impose avant la chronique.

Bien avant la querelle entre Nas et Jay-Z en 2001, le beef mortel entre 2Pac et Notorious BIG au milieu des années 90, s’est déroulé en 1987 un duel de titans : le Juice Crew de Marley Marl (Big Daddy Kane, Masta Ace, Kool G Rap,…) contre le Boogie Down Productions (KRS One et Scott LaRock).Un clash historique qui ne rivalisait pas seulement les MCs des deux groupes protagonistes mais deux banlieues new-yorkaises, le Bronx (le lieu de naissance du Hip Hop) et Queensbridge. Vingt ans plus tard, les deux légendes vivantes KRS One et Marley Marl se réconcilient pour le meilleur : faire ressusciter le Hip Hop avec un album en commun qui s’annonce déjà comme un classique avant l’heure, Hip Hop Lives. Plus qu’un pont symbolique entre le South Bronx et le Queens, un message fort à toutes les générations d’amateurs de Hip Hop. You know what time it is !

La combinaison de rêve : Marley Marl à la production et KRS One au micro, le Hip et le Hop, ça promet d’être explosif. Le morceau éponyme « Hip Hop Lives » met les pendules à l’heure et aiguille le train vers la bonne direction. Le beat est lourd, bien appuyé par quelques notes de piano et KRS apporte avec son flow volumineux habituel un lot de rimes qui sonnent comme autant de gifles en pleine face. Ferme ta bouche, écoute et apprends :

« Hip means ‘to know’, it’s a form of intelligence/
To be Hip is to be up and relevant/
Hop is a form of movement/
U can’t just observe the hop/
U gotta Hop up and do it !/
Hip and Hop is more than music/
Hip’s the knowledge, Hop’s the movement/
Hip and Hop is an intelligent movement/
All relevant movement, we sellin’ our music/
So write this down on your black books and journals/
‘Hip Hop culture is eternal’/
Run and tell all your friends/
The H civilization has been born again it’s a fact »

Le second couplet poursuit cet appel à la conscience collégiale avec autant de force. La réprimande « Nothing New » bat le fer tant qu’il est chaud avec des punchlines spectaculaires :

« Everything you doin’ kid, we already did it/
Everything you spittin kid, we already spit it/ […]
If rap was a toilet, I would already shit it/
Critics on Kris, you should already quit it »

Et ce n’est que le début de l’album. « I Was There » donne un troisième coup de massue, KRS One alias The Teacher s’assied sur son savoir en tant que témoin oculaire des faits marquants Hip Hop, pas seulement comme un historien moralisateur. À travers des lyrics redondants il faut dire, le Blastmaster maintient l’attention en déballant une frise historique de 87 à nos jours. Quoi qu’il fasse ou qu’il dise, ses performances sont juste énormes et incitent au respect le plus honorable. Même si c’est le cas depuis plus de quinze ans de carrière solo, son style ne s’essouffle pas.

Cumulant à eux plus de 80 ans d‘âge, KRS One & Marley Marl ne nous offrent pas un Hip Hop suranné, ce retour aux sources ne signifie pas pour autant retour à l’âge de pierre. De la fraîcheur, il s’en exhale particulièrement des instrumentaux du maître Marley Marl, pourtant pas au sommet de ses capacités créatives. À ce sujet, « Musika » feat Magic Juan retient notre attention, l’utilisation d’un sample de trompette assez strident arrive à être atténué par un nuage de violons. L’expérience qui parle. KRS reste égal à lui-même, imposant sa voix pour accentuer le poids des mots et apporter du relief à ses textes, et ses égrotrips restent imparables comme sur l’orageux « The Teacha’s Back ». Si l’association des deux fait merveille, on n’en attendait pas moins honnêtement, le niveau grimpe d’un cran lorsque les émotions s’en mêlent. Le meilleur exemple de cette alchimie : « Kill a Rapper ». Ce morceau installe instantanément une tension dramatique et froide, les touches de pianos angoissantes et air de violons funeste recréent une ambiance digne d’un thriller qui rend un hommage aux rappeurs tués ou décédés, dénonçant en réalité une aberration sans nom.

Les invités se comptent sur les doigts d’une main et sont utilisés à bon escient, c’est le cas de DJ Premier, qui vient poser quelques scratches sur « The Victory » feat Blaq Poet, et le revenant Chief Rocker Busy Bee sur la dédicace finale « House of Hits ». L’heure de la retraite n’a pas sonné pour notre paire gagnante, et Hip Hop Lives amorce une marche à suivre souhaitée pour notre musique. Ni old school, ni new school ou true school, cet opus est « All Skool » et universel. Le protectionnisme affiché par KRS One et Marley Marl est tout à fait bénéfique dans la mesure où ce retour de flamme peut provoquer un basculement vers un Hip Hop plus proche de ses principes. Ressortez vos stéréos sur les épaules, le Hip Hop revient !

(chronique écrite le 18 Juin 2007 sur Rap2K.com)

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