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Warren G « Regulate… G Funk Era » @@@@@


7 Juin 1994 sortait chez Def Jam un album qui allait cristalliser pour l’éternité le style G Funk : Regulate… The G Funk Era. C’était écrit. Son auteur, le rappeur et producteur de Long Beach Warren G, n’en est pourtant pas le créateur de ce style de rap westcoast. Historiquement, c’est le groupe Above The Law qui peut se targuer d’en être le précurseur, avant que Dr Dre démocratise ce sous-genre de rap westcoast au début des années 90. D’abord sur le 2e et dernier album des N.W.A. sorti en 91, Efil4Zaggin, sur lequel les synthétiseurs étaient bien présents. Puis à outrance sur le biblique The Chronic suivi de près par Doggystyle, qui commençait d’ailleurs par «G Funk intro». Première fois que le terme fut employé sur un album. Mais c’est bien Warren qui allait réguler le G Funk les années qui suivirent jusqu’au début des années 2000.

Que Warren G soit le demi-frère de Dr Dre est un détail d’importance mais qui, dès le départ de sa carrière, était secondaire tant il cultivait son indépendance vis-à-vis de son illustre aîné d’une autre mère. C’est notamment par son biais que le docteur Andre Young a pu faire la connaissance de Snoop Doggy Dogg (avec qui Warren et un certain Nate Dogg formaient le trinôme 213 quand ils étaient au lycée). Une clef importante du mécanisme de l’Histoire en cours. Mais ce rôle d’intermédiaire familial qui fut capital pour la culture, Warren ne s’en est jamais servi pour compter en retour sur Dr Dre pour propulser sa carrière. Outre son couplet sur le légendaire « Ain’t No Fun », 1ère réu officielle sur CD du 213 sur Doggystyle produite par Dre , son 1er fait d’arme officiel, il y a eu « Indo Smoke » de Mista Grimm et l’ami Nate Dogg, sur la BO de Poetic Justice (de John Singleton avec 2Pac et Janet Jackson).

Mais c’est cette grande année 94, le 28 Avril exactement, que sort son single « Regulate », toujours avec Nate dont la voix d’or fait merveille, et qui allait le propulser au sommet. Un succès considérable, planétaire (il passait même sur nos fréquences radio), un storytelling de légende que l’on connait par coeur. Double sampling sur ce morceau: le sifflement inspiré de Bob James et évidemment « I Keep Forgettin » de Michael McDonalds (ex Doobie Brothers). On apprendra aussi que le morceau été écrit à plusieurs mains (Snoop Dogg et Kurupt du Dogg Pound étaient sur le coup mais chut) et enregistré dans des chiottes. En coulisses, un bras de fer muscllé Def Jam Recordings vs Death Row. Def Jam remporte le contrat (et l’album solo) mais Death Row a l’exclu de ce single mythique en le posant sur une autre BO culte, celle de Above the Rim qui sort le 22 Mars 94. Donc, au lieu de rejoindre son demi-frère (qui allait bientôt se tirer de Deathrow parce que ça sentait le roussi), l’ami Snoop et leur bande (le Dogg Pound, Jewell, Lady of Rage…), Warren devient donc le collègue des new-yorkais Redman, Method Man et LL Cool J.

Le G Funk est l’abrégé de ‘gangsta funk’, transposition dans l’univers hip-hop du P Funk, cette invention californienne du savant fou George Clinton dont les nombreuses œuvres ont servi de terreau pour le rap westcoast. Grosses basses, synthés stridents, funk, lyrics hardcore, en voilà les ingrédients principaux. Mais le jeune gangsta-rappeur (affilié aux Crips comme Snoop) propose sa propre vision du G Funk, bien plus mélodieuse, plus ‘soft’. Comme sur « Regulate », les samples de sifflements et le groove de « I Keep Forgetting » accompagnent l’histoire d’une nuit froide de Warren et Nate qui lui vient à la rescousse. C’est la même pour le très agréable « Do You See » (qui sample la rythmique de « Juicy Fruit » des Mtume avant « Juicy » de Notorious ainsi que « Mama Used To Say » de Junior), le magique nostalgique « This DJ », « This is the Shack »… L’album enchaîne intemporel sur intemporel, et il n’a rien perdu de sa fraîcheur d’antan trente ans après.

Résultat : Premier album, premier classique, peu avant Nas avec Illmatic, qui allait refaire basculer la balance du côté de la Eastcoast… Et en plus, avec une triple certification de platine, il a sauvé Def Jam de la zone rouge. C’est-y pas beau?

LA NOTE : 19,5/20

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