La 18e lettre, le R, comme Rakim, le God MC fort de dix ans d’expérience dans le rap game, sans réel rival. Ultra-respecté, voire vénéré, sa destinée lui a naturellement ouvert une carrière en solo, ce qui revient pour lui à faire du rap avec d’autres producteurs qu’Eric B ni plus ni moins. Cela a donné The 18th Letter, sorti en ce jour saint du 7 Novembre 1997.
Il faut dire que ce premier solo a son lot de morceaux mémorables, à commencer par la première collab avec DJ Premier pour « Been a Long Time ». Beaucoup de choses à dire de la part de ce virtuose du verbe. D’abord ça fait des étincelles, puis comme un brasier, qui brûle à feu doux et longtemps. Preemo, mais aussi Pete Rock, deux producteurs majeurs des années 90 qui ont sculpté le son new-yorkais, sont de la partie. Les titres : « The Saga Begins », « New-York » (ça tombe sous le sens) et « When I’m Flowin ». De sacrées collab, mais on a vu mieux, ou alors on verra mieux.
Le gros single de 18Th Letter n’est autre que « Guess Who’s Back », un brin dansant, avec DJ Clark Kent aux manettes. C’est ce producteur qui a aussi lancé Jay-Z, qui deviendra le futur God MC plus tard. Drôle de coïncidence non? Au delà des prods, écriture et flow sont élevés au rang d’art, c’est du caviar. Rarement pouvait-on entendre autant de rimes débitées avec une telle fluidité, c’est du haut de gamme, le confort total, comme être le passager arrière d’une Rolls Royce dont il est le chauffeur (de salle).
Le hic ce sont ces deux crossovers r&b qui arrivent un peu comme ces scènes de boules qui débarquaient au 3/4 des films (genre le passage obligé pour faire de l’audience avec un missionnaire d’une heure résumé en 2 minutes). Typique des années 90 mais « Show Me Love » est pas mal en vrai, assez classe. Une intro, outro, 2 remixes (dont 1 de Suave House, maison de 8Ball-MJG) et pas mal de skits inutiles, une mauvaise habitude très 90s aussi… On a vite fait le tour de la question. Mais une chose à laquelle Rakim n’a pas cédé dans ce nouvel âge du hip-hop (de platine dira-t-on), c’est aux featurings.
Il manque à The 18th Letterce facteur X qui aurait pu rendre cet album indispensable. Cet album était censé être un classique assuré, mais en fait non. Et même un 1/4 de siècle après, même si l’expérience d’écoute est forte, et que Rakim est un titan de 1ère génération, je ne le surclasse pas dans cette catégorie-là.
LA NOTE : 17/20


Postez vos avis!