3 Novembre 1998, un chaud jouvenceau a mis le feu à la Nouvelle Orléans et dans le reste des States. Un court rappel du contexte du rap down s’impose. Milieu des années 90, Master P et son label No Limit Records ont trouvé la clef du succès pour vendre leur rap sudiste comme des petits pains et se faire des millions de $$$ en indépendant. Mais un autre label rival de cette même ville allait tout rafler également : Cash Money Records, dirigé par Slim et Baby ‘Birdman’.
Leurs poules aux œufs d’or : les Hot Boys. En groupe ou en solo, ces quatre gamins issus des quartiers de ‘Nawlins’ (façon de prononcer « Nouvelle-Orléans » en cainri chewing-gum) allaient contribuer au tsunami Dirty South. Et la signature de CMR avec Universal Music allait les satelliser au niveau planétaire. Parmi eux, Juvenile, alors à son troisième essai, allait mettre littéralement le feu. Cet album, c’est 400 Degreez. Si on considère que c’est des degrés Farenheit, en Europe ça ferait 204,44° celsius et tout de suite ça a moins de gueule (pis en France ça ne voyait pas le rap sudiste d’un bon oeil donc bon…).
Il y avait un concours de pochettes aussi clinquantes que moches entre Cash Money et No Limit. Celle de cet LP est signée Pen & Pixel (on dirait le nom d’un logiciel plagiant Paint). Et le disque est entièrement produit par le producteur maison, le génial Mannie Fresh (concurrent direct de KLC). C’est Mannie qui introduit Juvy, notre jeune rappeur issu des quartiers de Magnolia, avant de lancer « Ha » qui a été son premier gros tube. J’avais un peu fait « hein?? » en découvrant l’accent sudiste et le flow off-beat sur cet instru à la signature inédite. J’y reviendrai vite. Ce hit a eu droit à 2 remixes, un très bon avec les Hot Boyz réunis (et un instru différent), un second avec Jay-Z carrément. Première fois qu’un rappeur en dehors du label apparaisse en feat, et pas des moindres. Jigga rendra l’invitation à Juvenile sur son volume 3 en 99 sur « Snoopy Track ».
Oui, les featurings se limitent aux Hot Boyz et Big Tymers (duo formé de Mannie Fresh et le boss du label Baby). Cela suffit pour créer des incontournables comme l’hymne « Back That Azz Up » (« Thang Up » dans la version censurée), où le style, le flow et le refrain, de Juvy font merveille sur cet instru légendaire. Une façon aussi de démocratiser la culture Bounce qui a démarré dans le sud et on constate que le fameux booty shake ou twerk ne date pas d’hier ! Juvenile aurait eu une courte carrière si son succès se limitait à ces deux singles. « Ghetto Children », « UPT » ou « 400 Degreez » avec la voix robotisée montrent un certain talent d’artiste, une vraie personnalité, mais pas que lui. BG et surtout Lil Wayne avaient déjà ce quelque chose qui n’a échappé à personne.
Merci encore à Mannie Fresh qui a conçu un ensemble cohérent comme varié. Des critiques diront que ses prods sont simplistes (à cause des synthés) mais l’argument ne tient pas car c’était déjà un peu le cas de Swizz Beatz et les Neptunes. Et qui d’autre utilisait la drum machine comme lui? PERSONNE. Et il utilisait de vraies basses. En revanche, derrière le micro, Mannie c’est pas trop ça. Mais il est assez zinzin pour rapper ça sans flow: « Now here it is diamonds for the bitches that I fuck Not, I get the pussy make like Donald and duck ». En tout cas, grâce à Juvenile, Magnolia (ou ‘Nolia pour ceux qui y vivent) aura une résonance internationale pour toujours, ce qui lui fait un point commun avec Claude François.
4 putain de millions d’exemplaires vendus, c’est le succès explosif que générera 400 Degreez (il restera à jamais son plus gros carton). Le Dirty South avait décidément beaucoup de choses à dire… En s’inspirant de « Back That Azz Up », Juvy et Mannie se sont réunis en 2001 pour promouvoir la vaccination anti-covid, un super coup de pouce pour la santé.
LA NOTE : 16,5/20


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