Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Danny Brown « Quaranta » @@@½


Malgré toutes les drogues, bouteilles, excentricités et autres outrances qu’a testé Danny Brown dans sa vie, le rappeur foufou chouchou de Detroit a réussi à passer le cap de la demie-vie. En soi, cette performance est surprenante vu les addictions qui lui collaient aux bask’. Et bien qu’il se soit assagi et devenu plus sobre, il n’a perdu ni son originalité ni son grain de folie, comme l’a excellemment démontré le dingo SCARING THE HOES avec JPEGmafia. Cela valait bien la peine de de faire le point sur la crise de la quarantaine avec un album, justement nommé Quaranta. Retrospective d’une vie folle faites de jours avec et de jours sans.

« This rap shit done saved my life
And fucked it up at the same time
That pain in my heart, I can’t hide
A lot of trauma inside, you can see it in my eyes »

Le pour, le contre, le verre à moitié vide, ou à moitié plein, la contradiction, le paradoxe, les choix bons ou mauvais. Celui qui se surnomme The Hybrid dresse en deux couplets un constat lucide, positif et négatif, hautement personnel, sur les raisons qui auraient pu le pousser à arrêter de rapper. Et pourtant, Danny est là à écrire et tenir le micro sur « Quaranta », comme s’il répondait à son psy. Puis c’est parti avec le single monstrueux « Tantor », comme le nom du groupe rock psyché sud-américain samplé par Alchemist, sur lequel Danny retrouve sa voix perchée et psychotique. Puis retour à un beat hip-hop faussement calme avec « Ain’t My Concern ». Et ça va alterner plus ou moins comme ça, entre moments de réflexion ou introspection (« Y.B.P. », les calmes « Down Wit It » et « Shakedown ») et dingueries (« Jenn’s Terrific Vacation »), jusqu’à la piste 9, avec une fin qui tend vers une forme de sérénité (« Hanami », « Bass Jam »).

Bipolaire, ambivalent, toujours, comme sur Old en 2013. Sauf que sur cet album, c’était d’abord une moitié ‘normale’ puis une seconde moitié complètement barrée. La balance est différente sur Quaranta.

Les productions sont signées Quelle Chris, Chris Keys, Quelle Chris, Kassa Overall ou encore l’ami Paul White, avec cette étrangeté (samples chelous, adjonction d’électro) à laquelle on adhère parfois, en même temps qu’on a du mal à accrocher. Encore un paradoxe. Effet de surprise, mais l’habitude de la surprise. Peu de guests, mais pas des moindres. Comme Bruiser Wolf, sorte de Suga Free du Michigan, sur « Y.B.P. » (pour « young black and poor »), ainsi que MIKE (« Celibate ») dont la voix et le flow lent rappelle curieusement celui du local de Detroit, un certain Guilty Simpson. Troublant cette ressemblance.

En définitive, Dannny Brown dresse sur Quaranta une sorte de galerie d’auto-portraits, certains écorchés, triturés, parfois plus lisses et pas forcément joyeux. De la part de quelqu’un qui a connu la précarité sociale, les bas-fonds de Motor City et de longues périodes d’instabilité, cela pourra paraître tout de même court comme déballage. Car ironiquement, la durée de l’album n’atteint même pas les quarante minutes.

LA NOTE : 14,5/20.

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