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Nas « King’s Disease III » @@@@½


Au fur et à mesure des albums consécutifs, Nas et Hit-Boy ont petit à petit ajusté, convergé et consolidé leurs vues artistiques. On a vu cette progression de leur alchimie allant de King’s Disease I jusqu’à cette pépite que fut Magic. Est ensuite arrivé dans l’ordre chronologique ce dernier volet de la trilogie King’s Disease à l’automne 2022. Avec le chiffre 3 en chiffres romains représentés par trois lingots d’or. Et quand on connait le prix du gramme d’or, on sait très vite sans se tromper ce que cet album vaut.

Il y a une époque, au début des années 2000, où le simple fait que Nas puisse utiliser le mot ‘king’ pour baptiser un album, aurait suscité de très vives réactions. Aujourd’hui, personne n’a réagi lorsqu’il le fasse sur une trilogie, comme si ça semblait une normalité. Nas est le seul rappeur en activité à avoir atteint un tel firmament, sa discographie parle pour elle seule et son impact, son rôle dans la culture hip hop j’en parle même pas. Le ‘mal’ qu’il rencontre sur cet album est une forme de solitude, puisqu’il n’y aucun featuring pour l’accompagner. Hormis Hit-Boy à la prod. Comme on dit parfois, ‘less is more’ et c’est peut-être une des caractéristiques qui fait de King’s Disease III un grand album rap.

C’est fou comme l’appétit de Nas pour le rap n’a pas faibli après « 30 » années de carrière. On dirait même que depuis qu’il a créé sa propre entreprise Mass Appeal, certains verrous psychiques ont sauté et sa liberté artistique a pu s’épancher davantage. Être aussi prolifique et consistant, en conservant un tel niveau d’excellence et de hauteur, que dire. Pour KD3, Hit-Boy lui a conçu un costard sur-mesure, des instrus différents et super bien réalisés, mêlant des touches rétros avec des détails très modernes et du sampling dont lui seul a le secret. Parce que oui, Hit-Boy un grand producteur, trop longtemps éclipsé. On sent qu’il a la musique hip hop dans le sang et qu’il est très intelligent dans son approche pour composer des beats, cette compétence rare de s’adapter au rappeur comme s’il le connaissait par coeur. Entre eux deux, ça matche comme « Michael & Quincy ». La fibre nostalgique fait son effet sur des tracks comme le feel-good « Get Light » (avec ces saxos typiques des nineties), « Recession Proof » et le candide « First Time » quand il évoque ses premières impressions lorsqu’il a découvert ses artistes préférés, de Stevie Wonder à Kendrick Lamar. Le sample de Mary J Blige sur « Reminisce », c’est pour jouer facilement la carte ‘émotion garantie’.

Son inspiration semble inépuisable et avec l’âge, Nasir Jones a encore plus de choses à nous dévoiler sur sa vie, sa relation à son quartier (Queensbridge très bien représentée sur « Thun », ce mot de slang typique du coin) et le hip-hop d’une manière générale. Avec envie, de la générosité, un besoin inaltéré, comme s’il était en mission pour rendre ce que le hip-hop lui a offert et en offrir davantage après. « I’m On Fire » témoigne de son côté insatiable quand il s’agit de rapper. Son côté « Ghetto Reporter » a toujours 12/10e d’acuité visuelle, il distille des messages politiques à travers des morceaux comme « Beef », « WTF SMH » et « Don’t Shoot » qui revient sur la violence policière notamment (parce que oui, la police tue comme s’il fallait le rappeler à chaque fois). Si on devait résumer simplement KD3, il s’agit du point d’orgue de la trajectoire commune entre Nas et Hit-Boy, un Nas qui semble avoir atteint son Everest.

LA NOTE : 18/20

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