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Lupe Fiasco « Samurai » @@@@


Comme Ghost Dog, Lupe Fiasco s’est initié à la voie du samouraï et ce n’est pas une blague. Une crise de la quarantaine ? L’image de lui sur la pochette façon manga, prêt à dégainer un katana, ce n’est pas qu’un dessin, dans la vraie vie Lupe a adopté une nouvelle philosophie de vie, qui lui convient pleinement et qui l’a inspiré pour ce court album de huit titres produits par son fidèle producteur de toujours, Soundtrakk.

Comment cela se retranscrit-il sur cet opus sobrement nommé Samurai? La technique, la force tranquille, une forme de paix intérieur. Le rappeur surdoué de Chicago met en pratique son expérience cumulée au service de son talent inné. Sans être incroyable musicalement, alternant entre vibes jazzy (« N°1 Headband ») et de biens jolis samples mélancoliques de pianos (« Palaces »), c’est vraiment sur le lyricisme que le curseur est placé. Les règles sont dictées dès le début de « Samurai » : « I got these really neat very beautiful alliterated battle raps for you ».

Il faut entendre la démonstration de style tranchant sur le dernier couplet de « Mumble Rap », on dirait qu’il use ses rimes pour faire du sashimi. Ses tournures de phrases ou formulations sont très inspirées et inspirantes (« Sometimes we send mixed messages like dyslexic texts » et il en réserve plein d’autres sur « Outside », notamment une rime pour Gangsta Boo), la façon dont il place ses rimes sont remarquables. On ressent à travers une subtile mélancolie ambiante une forme de sérénité et de liberté, quand il se sert de son art pour mener des petites revanches. Ses critiques sont piquantes comme du wasabi, avec une dédicace (c’est ironique) aux rappeurs qui écrivent leurs freestyles en avance. Quand un passionné de rap balance ça, c’est peut-être que le hip-hop n’est pas encore mort.

Tout ça pour dire que Samurai est un album bien Feng-Shui. Il semblerait maintenant que Lupe Fiasco ait aussi acquis une forme de stabilité depuis le très bon double-album Drogas Wave. Les préceptes nippons ont affuté ses rimes et ses gestes ont assoupli son flow. Un effort supplémentaire de deux titres au moins et le compte y était. En parlant de ça justement, un EP Samurai DX est sorti l’année suivante avec quelques remixes et deux titre inédits (« High Note » et le jazzy « SOS »).

LA NOTE : 16/20.

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