Il n’arrête jamais E-40, jamais. Après sa participation à la formation éphémère Mount Westmore en 2022 avec Cube, Too Short et Snoop, le légendaire rappeur a démarré une nouvelle série intitulée Rule of Thumb, premier projet solo depuis 2019, son 27e si on part depuis 1992… Hé, quand même, ça pèse dans le game ! Ce nouvel album est là pour rappeler qui est le patron de la Bay Area depuis trente ans.
Comment rester dans le coup en 2023, à défaut d’être au top? En s’inscrivant dans la continuité avec la même énergie, et cette énergie est en partie fournie par son producteur de toujours Rick Rock (quelle pêche ont ses prods !) et le flow toujours imprévisible d’E-40. Un flow qui surprend moins, comme pour nous laisser le temps d’assimiler mais lui seul est capable de savoir comment débiter les syllabes de cette manière avec ses intonations caractéristiques très élastiques. Avec son style inimitable et une inspiration qui ne cesse de foisonner sous son bonnet (où trouve-t-il toutes ses idées??), l’énergie Hyphy de « Lift It », « Lemme Go » et « The Bay » avec Turf Talk ne sont pas que bigrement efficaces autant que modernes. C’est comme une fonction cardiaque qui fonctionne à merveille.
Les vieux potes ne changent pas : Turf Talk, Bosko, Too Short, Philthy Rich, Stressmatic et B-Legit. C’est presque la famille, et en parlant de famille, son fiston Droop-E répond présent à la prod de « Bay Warren Buffet ». Et tel un bon père de famille, E-40 laisse la parole à la jeune génération en conviant Larry June sur « GPS » (produit par un autre jeunot qui monte, P-Lo) et le nouveau chouchou de la Bay, LaRussell qui vient de Vallejo comme E-40, sur « Water ». D’autres gros noms figurent au programme et je dois avouer qu’entendre les voix de Gucci Mane suivi de B.G. sur « High-End » vaut son pesant de cacahuètes, de même que Trae Tha Truth sur « Succaz », quelle présence il a. E-40 est trop costaud pour être éclipsé même passé la cinquantaine, on écoute toujours ses conseils avec les deux oreilles attentives, lui qui continue la vie de hustler au point de la refaire en moonwalk.
L’album est lourd, au point qu’on se demande plusieurs fois « c’est bientôt la fin? », tel un enfant sur la longue route des vacances. E-4O ne manque pourtant pas d’atouts sous sa manche avec d’autres tracks comme « Pickin Up What I’m Puttin Down », le faux uptempo 80s « Pressure » et le soulful « Lovin’ Somebody » pour donner un peu de diversité. Mais ça commence à trainer à longueur, preuve qu’aujourd’hui on est moins en moins capable d’endurer un gros album de plus d’une heure. En tout, il faut pouvoir digérer Rule of Thumb 1. Cet album est tout sauf anecdotique et montre à quel point E-40 prend encore beaucoup de place sur la côte ouest des US.
LA NOTE : 14/20


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