Sorti la veille de mon anniversaire en 2022, HERBERT vient combler six années d’absence d’Ab Soul. Dire qu’il était attendu était un euphémisme, mais c’est le temps qu’il a fallu pour l’arme secrète de TDE pour se remettre d’aplomb après avoir touché le fond. Pour cerner son état d’esprit pour cette reprise, « Message in a bottle » décrit parfaitement ce qu’il se passe dans la tête du rappeur, son mode de pensée, à travers son écriture toujours exceptionnelle et son flow limpide. Le Black Lip Bastard est bien de retour.
Avec HERBERT, c’est toute la psyché et la personnalité d’Ab Soul qui s’exprime, son fonctionnement, son besoin de rapper. Même les beats switches comme sur le single de « Hollandaise » traduisent ces basculements d’humeur et d’état mental d’une certaine façon. Il fallait bien un album de cette densité pour expurger tout ce qu’il a dans le crâne, y compris la tristesse et la mélancolie, son aigreur, aussi ce besoin d’avoir quelque chose à prouver comme sur ce « Moonshooter » (avec Joey Bada$$), accompagné d’un magnifique sample de voix/violons. Car malgré tout le bien que l’on pense d’Ab Soul depuis le début de sa carrière, ses nombreuses introspections deviennent des remises en question qui peuvent nous inspirer (« Do Better », « Wild Side » avec son amie Jhene Aiko, « Goodman »). Qui d’autre de mieux que James Blake pour créer une ambiance morose comme sur « Herbert »? Les vibes jazzy de « It Be Like That » masquent une écriture très sombre pour commencer, tombant dans ce cercle vicieux entre l’envie de ne rien faire et perdre le contrôle sur sa propre vie, le goût de tout, avant de retrouver la lumière dans le second couplet, portant un message d’espoir comme quoi on peut sortir de la dépression. C’est logiquement qu’enchaîne le titre « Postive Vibes Only ».
L’aspect spleenesque de HERBERT imprègne même les quelques bangers de ce cinquième album solo, dont l’aérien « Go Off » (avec Russ et un Big Sean qui pour une fois se remue le cul) et « FOMF » (pour ‘fuck outta my face’), où l’on peut entendre en background les voix de Rich The Kid et ScHoolboy Q. J’aime bien aussi la façon dont est utilisé le sample gospel sur « Church on the Move », c’est original. L’album n’est pas gai c’est vrai, mais il subsiste à chaque fois un chemin vers la lumière. Et pour clore le débat, Ab Soul dégaine une prod de – attention – DJ Premier avec « Gotta Rap ». C’est le rappeur le moins vendeur des Black Hippy, le plus incompris, mais le seul de la bande à avoir réussi cette cascade sans filet de sécurité ni doublure, preuve qu’on peut très vite revenir au top niveau. On ne pouvait pas demander mieux. Plus qu’un album, c’est une belle leçon de vie de notre Ab Soul favori.
LA NOTE : 16,5/20.


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