Quand Nas a choisi Hit-Boy pour produire King’s Disease en 2020, le résultat fut agréablement positif. Il faut dire aussi que la réunion de The Firm avec même un caméo de Dr Dre a fait son petit effet. Sur cette lancée, King’s Disease II a reçu de meilleures critiques l’année suivante, l’alchimie entre les deux protagonistes devenant plus symbiotique et le rendu fut un cran au-dessus. En plus il y a Lauryn Hill qui pose dessus. En guise de récompense, est apparu sous la veille de Noël 2021 un autre album de Nas produit Hit-Boy, sobrement intitulé Magic. Surprise !
En démarrant cet album de 9 titres sortis du chapeau, on réalise assez vite que les thèmes généraux et la vibe sont différents de la duologie King’s Disease. De caractère spontané, avec un rap plus direct, dans lequel Nas se re-contextualise dans son environnement mal fâmé et dans sa jeunesse dans les rues mal famées des quartiers Queensbridge, dans ses souvenirs. « Speechless », qui démarre l’album, retrace la vie des habitants et voyous se retrouvait balayée par la justice. Pouf, plus rien. Conscient de son niveau élitiste dans le rap, Nas efface d’un coup de baguette son passif qu’on qualifiait de bling-bling sur « Hollywood Gangsta », rappant fièrement « I’m on top, it’s not surprising« . Cette franchise et son approche sur ce projet rappellent le diamant brut que Nasir Jones a été à ses classiques débuts, sauf qu’ici c’est un Nas dans la fleur de l’âge, plus proche de ses racines, de ses fans. La candeur de « Wu for the Children » est réellement touchante. « VSOP shit » comme dit Nas (en référence à ses liqueurs préféres), « very special« . Vraiment très spécial dans mon coeur il est vrai ce morceau.
Dans ce momentum avec Hit-Boy, ils transforment tous deux une matière première « Ugly » en quelque chose de magnifique, comme par magie. « Meet Joe Black » est également une référence au fantastique que les cinéphiles n’auront pas loupé. Les prods de Hit-Boy sont vraiment faites sur-mesure, leur atmosphère soulful (avec parfois des samples de voix pitchées) ont quelque chose qui sonne typiquement QB. Plus que pour les King’s Disease. A l’image du single « Wave Gods » avec des scratches de DJ Premier. Boum ! Preemo qu’on n’avait pas vu sur un album de Nas depuis… oula, Stillmatic au moins, vient faire ses tours avec ses mains dont on se lasse jamais. Cela a eu de quoi relancer les rumeurs d’un album commun, et vous savez quoi, la boule de cristal a révélé que ce voeu de plus d’une vingtaine d’années se réalisera enfin ! A$AP Rocky est l’invité de ce morceau, drôle de choix me direz-vous mais il a été une figure de proue du rap new-yorkais dans les années 2010 donc le choix semble légitime. Un petit shout-out à Max B au passage, et cette phrase qui cimente le lien entre Nas et Hit-Boy « we’re the new Gang Starr« . Son verbe se conjugue au presque parfait, ses livres de rimes vont bien s’entasser dans la bibliothèque hip-hop.
L’émouvant « Dedicated » avec ses vibes un brin 90s vient conclure ce très joli cadeau de Nas qui se pose ici en super-héros du rap game. « No tricks, pure magic« . La teinte crépusculaire du morceau permet de voir sa carrière et son empreinte dans le rétroviseur, mais aussi l’avenir en regardant vers la lumière. Car la magie ne s’arrêtera pas là puisque le rappeur sortira en 2022 et 2023 trois opus : l’excellent King’s Disease III ainsi que Magic 2 et Magic 3, avec moins d’effets de surprise mais non sans prestige. Cela fera 2 trilogies avec Hit-Boy en tout et pour tout sur son label Mass Appeal. Et merci pour tout.
La note : 17,5/20


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