Chroniques Rap, Soul/R&B, Electro…

Griselda « WWCD » @@@


C’était à l’automne 2019, avant que le COVID devienne mondial, autant dire : il y a une éternité. Les nouveaux seigneurs de l’underground Westside Gunn, Conway the Machine et le petit nouveau aux rouflaquettes Benny The Butcher, ont créé la surprise en signant chez… Shady Records, label d’Eminem. J’y voyais dedans un opportunisme dans les deux parties : la clique Griselda allait profiter des moyens qu’Eminem a à sa disposition, et Eminem de montrer qu’il s’intéresse à autre chose que lui-m’Eminem. Fin novembre sort l’album du trio, WWCD, pour What Would ChineGun Do.

Qu’allaient donc foutre les trois rappeurs de Buffalo chez Shady Records? Qu’allait faire Eminem avec ces nouveaux poids lourds de l’indépendant? La réponse : rien, rien de plus que ce qu’ils savaient faire et qu’ils continueront de faire à l’avenir. Dix morceaux seulement si on retire l’intronisation de Raekwon, l’outro et le remix très dispensable de « Bang » avec Em’. Bande de radins. Les trois gaillards sont forts, aucun doute, mais WWCD n’est pas loin d’une arnaque. On s’attendait à ce qu’ils fassent les choses en grand, nous en mettent plein les oreilles, fassent couler le sang. En réponse, ils nous offrent simplement un produit qui n’est ni plus ni moins dans la moyenne de ce qu’ils font usuellement, avec très, très peu de marge de manoeuvre, pour ne pas dire trop uniforme. Et ces incessants gimmicks qui fusent partout et qu’il est inutile de décrire. Si vous les connaissez bien, vous les avez déjà dans la tête rien qu’en lisant cette phrase. Etrangement, c’est aussi une excellente chose qu’Eminem ait eu l’intelligence d’esprit de ne pas mettre sa touche perso au projet. Pas touche!

Alors que pas mal de magasines se branlaient dessus, j’étais l’un des seuls à trouver WWCD surcôté à mort. OK ça s’écoute un jour de brouillard le bonnet vissé sur le crâne en mood maussade, avec cette noirceur et cette ambiance glauque signée Daringer (le producteur maison) et Beat Butcha. Leur tour de magie : n’utiliser aucun sample. Tout est distordu et filtré en noir et blanc à partir de claviers. Haha, à deux doigts de dire que les deux producteurs ont utilisés des arômes artificiels… Quelle ironie. La petite surprise provient du couplet de 50 Cent sur « City on the Map », qui a toujours son rond de serviette chez Shady Records, s’accommodant très facilement sur cet univers sans couleur. Lloyd Banks aussi aurait très bien pu faire l’affaire, des gars comme Cam’Ron aussi, Jadakiss… Rétrospectivement, quand on a vu les ventes de disque, j’ai du mal à justifier ce contrat. Le solo de Conway qui sortira plus tard chez Shady Records, sera d’une toute autre teneur, heureusement d’ailleurs.

Je crois que j’ai du mettre « DR BIRDS » dans une de mes playlists, histoire de garder un souvenir de ce premier (et unique?) album de Griselda, sans trop de conviction. En vrai, le seul souvenir que j’en ai gardé, c’est ce cliché en noir et blanc d’une vieille femme SDF de Buffalo sur la pochette. Cela ne m’a pas empêché de suivre assidument les sorties de Westside Gunn et Conway les années suivantes, moins Benny The Butcher, surtout depuis que ce trou du cul a dit sur Twitter qu’il voterait Trump en 2024. Boycott direct.

LA NOTE : 12/20

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