Parliament « Medicaid Fraud Dogg » @@@@


38 ans c’est un sacré nombre, c’est ce que représente la période d’absence de Parliament, dont l’aventure s’était brutalement terminée en 1980 avec Trombipulation, après de multiples standards au milieu des années 70 comme « Give Up The Funk« , « Bop Gun« , « Flash Light« , « Aqua Boogie« …), le départ de certains musiciens clefs et les embrouilles avec leur label Casablancas Records. En effet, le 22 Mai 2018 a vu le retour du mythique band P-Funk emmené par la figure emblématique George Clinton, 77 ans, avec Medicaid Fraud Dogg. Super nouvelle mais n’est-ce pas un peu trop euh, comment dire, démodé? Ah ça non et vous allez vous rendre compte pourquoi.

C’est sur la structure C Kunspyruhzy Records qu’a pu renaître Parliament, après quelques autres naissances, discrètes, des Funkadelic, cette autre formation légendaire ‘jumelle’ également sous l’égide de George Clinton et qui a lourdement saucé les seventies de P Funk. Ce style de funk a, comme chacun sait, été la matière première du G Funk et du rap westcoast de manière plus générale dans les années 90 pour bon nombre de rappeurs et producteurs comme Dr Dre, Snoop Dogg, Daz Dillinger, Ice Cube qui les ont grassement samplé. Leur musique s’est aussi incrustée dans l’ADN musical de nombreux autres artistes comme Prince, les Outkast, The Coup, RH Factor… Des influences qui se sont plus récemment imprégnées dans les albums To Pimp a Butterfly de Kendrick Lamar et de manière plus flagrante sur Awaken, My Love! de Childish Gambino. Donc finalement, que Parliament ré-apparaisse de nulle part comme par miracle en 2018 ne semble pas si anachronique que ça.

C’est sûr, le groupe ne compte plus en son sein les figures telles que Bootsy Collins et Maceo Parker, qui ont filé en solo dans les années 80 au même titre que le psychédélique George Clinton, mais Fred Wesley, Pee Wee Ellis, Greg Thomas et Benny Cowan sont là et en pleine forme, ainsi que des nouvelles têtes qui font baisser la moyenne d’âge de la troupe et naturellement insuffler un coup de jeune à l’institution qu’est Parliament. Plus important : l’âme du groupe est toujours intacte, elle est juste réactualisée, « Medicated Creep » le prouve d’entrée. Et pour rattraper le temps perdu (presque 40 ans!), Medicated Fraud Dogg compte 23 morceaux pour 1h47 de musique. Ce dixième opus est tout simplement le plus long qu’ils aient conçu. Leur philosophie n’a pas changé, ce côté psychédélique, ces incursions de rock mais aussi de jazz, les textes sous influences, cette ambiance festivalière… Il y a quelques morceaux qui se rapprochent de ce qu’ils faisaient dans les années 70 comme « Kool Aid« , « All In » avec ses basses furieusement disco ou le James Brownien « Set Trip« . La bombe « I’m Gon Make U Sick O’me » avec Scarface (qui a l’immense privilège d’être l’unique featuring) semble traverser le temps après s’être ré-approprié quelques codes G Funk.

Mais démodés? Sûrement pas. C’est ainsi, la musique fonctionne par cycles. La fusion de leur p-funk avec du jazz apporte un élan de fraîcheur et donne l’impression d’écouter des prestations scéniques (« 69« , « Proof is in the Pudding« , « DaDa« , « Loodie Poo Da Pimp » avec ces bruitages d’amortisseurs hydrauliques ou encore ce « Higher » qui envoie du bois). George Clinton vit avec son temps et critique d’ailleurs la nocivité des réseaux sociaux sur « Antisocial Media« . Il y a même de l’autotune à très faible dose (« Medicaid Fraud Dogg« ) et ce rappeur (dont j’ignore le nom) au sein de Parliament qui rappelle Kendrick Kamar par instants (comme sur « No Mos« ). Par contre ils n’étaient pas obligé de faire du trap’n b (« Backwoods« ) ou une track trap à la Jeezy (« Mama Told Me« ) pour prouver qu’ils n’étaient pas du tout old. Vraiment, ces deux pistes n’avaient pas besoin d’être retenues. Justement les musiciens de Parliament tirent habilement leur épingle mélangeant old school et new school, plus ce qu’il y a entre deux, avec parfois un mixage inégal.

En définitive, Parliament a réussi à sauter dans le wagon et à dévier la locomotive vers leur univers décadent et haut en couleur pour nous offrir du funk pour nos culs. Encore une belle illustration du cerveau incroyable de George Clinton. Difficile de savoir où se classe Medicaid Fraud Dogg pour rapport aux anciens albums car les contextes, les musiciens et les époques sont différentes. Il faut espérer que les gens seront réceptifs à cette sortie, que dis-je, cet événement, et l’apprécieront comme il se doit. Qui sait, peut-être que quelques chansons issues de ce dernier album seront samplées dans le futur.

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