Lil Uzi Vert « Luv is Rage 2 » @@@


Avec son sac-à-dos nounours polaire, le jeune Symere Woods était dans les starting-blocks pour la rentrée, sans avoir jamais vraiment pris de congés. Déluge de médailles immédiat : une première place des ventes d’albums sur le sol américain pour Luv Is Rage 2, et en cadeau bonus, un trophée des MTV Video Music Awards pour son single « XO TOUR Llif3« , élu meilleur morceau de l’été. Un succès populaire que nous avons pu mesurer quand SURLmag avait organisé son – trop court – concert en janvier. C’est simple, les gens adorent Lil Uzi Vert. Quel est son secret ? Dissection de Luv Is Rage 2 pour obtenir quelques réponses.

La forte audience de Lil Uzi, on l’a vue venir à des kilomètres, bien qu’il ne fasse pas trembler la terre comme Kendrick ou les adeptes comme J.Cole. Découvert par le producteur et faiseur de mixtapes Don Cannon qui le fait signer chez Atlantic, Lil Uzi Vert a vite créé un grand feu, en particulier avec sa tape Luv is Rage qui dessinait déjà les esquisses quasi définitives de sa musique. Cannon et DJ Drama, deux DJ importants des années 2000 ayant inondé le web de mixtapes, ont trouvé en lui le parfait phénomène pour capitaliser tout ce qu’ils ont acquis – carnet de contacts inclus – au cours de leur ascension dans le jeu. La bonne fortune n’a jamais cessé depuis : des collabs avec l’immanquable Metro Boomin’, une photo de classe pour la promo 2016 des XXL Freshmen, des apparitions aux côtés du A$AP Mob ou sur le single monstre « Bad & Boujee » des Migos… Dans ses interviews, Lil Uzi Vert semble être un personnage attachant. L’industrie lui a rapidement collé une seconde étiquette de rappeur dépressif tendance émo pour son côté obscurément mélancolique et son penchant à raconter ses déceptions amoureuses. Puis il a son style, coloré, un petit univers cartoonesque, ce truc en plus comme ce mouvement d’épaule comme signature gestuelle. Et ce nom : Lil (1m65 donc OK pour le préfixe) – Uzi (pour le débit, ça reste à prouver) – Vert, probablement en référence aux teintures capillaires qui virent tantôt en vert, tantôt en bleu, au pourpre, panaché ou bien nature, tout simplement.

Luv is Rage 2 correspond bien à ce mix auquel adhère un public qui le suit depuis deux grosses années. Chez Lil Uzi comme chez beaucoup d’autres, il n’y a plus vraiment de frontière entre une mixtape et un album dans la conception. Donc pas de différence sur le contenu qui ne surprendra pas grand monde, et pas de mauvaise surprise non plus. Le rappeur fait ce qu’il sait faire et personne ne s’en plaindra (sauf les puristes naturellement). Y a-t-il du mumble (t)rap? Ouais. De la pop ? Ouais. Et du chant autotuné ? Ouais. Au passage, merci aux ingé-sons (RIP Seth Firkins) qui restent des vecteurs méconnus du succès de bon nombre de rappeurs actuels – fin de la parenthèse. Lil Uzi Vert se situe grosso modo dans une brèche grande ouverte par Young Thug (dont il arbore fièrement un collier ‘Thugger’ autour du cou), Migos et consorts, étant eux-même des phénomènes issus d’une niche fondée par Future ou Lil Wayne (et sans doute d’autres encore). Il ne vient pourtant pas des Etats du Sud comme bon nombre d’énergumènes stars de sa génération, mais de la même métropole qui a vu naître Will Smith, les Roots et Freeway, Philadelphie. Dingue, on l’aurait pas deviné…

Au milieu de chansons dont certaines possédent des intitulés dignes de mots de passe au niveau de sécurité élevé, de bonnes choses dans une veine pop-rap émo décomplexée comme le single « XO TOUR Llif3 » (sans Ed Sheeran désolé), « The Way Life Goes », « How to Talk »… A la production, des tas de noms se bousculent, des Don Cannon, Maaly Raw (fidèle collaborateur), Wondagurl, TM88, le jeune Metro, Illmind, Cubeatz… Coup de coeur (brisé) pour « Dark Queen » dédié à sa mère. Notez qu’il utilise le terme « dark » plutôt que « black », ce qui en dont assez long sur son état d’esprit. Les thèmes sont à l’autre bout de la planète de chroniques sociales, Uzi Vert n’est pas du genre à pas se prendre la tête (quoique). Comme Lil Yachty, ce qui l’intéresse juste, c’est de s’éclater avec les filles en chansons. Et avec les nanas, Lil Uzi Vert est plutôt du genre à tenter plein de choses pour les attirer à lui (facile comme prendre contact via un smartphone, c’est après que ça se complique un peu). Pas mal de critiques ont pointé le fait qu’il possède un flow sans dynamique. Si on prend l’exemple de « 444+222 », titre très répétitif composé majoritairement d’un hook, d’ad-libs en-veux-tu-en-voilà (mais pas de ‘skrt skrt’) et deux minuscules couplets, notre petit gars fait tellement peu d’effort que ça en devient l’art. Alors qu’en concert, je suis prêt à parier que ça aurait tout l’effet inverse : foutre le souk. « Early 20 Rager » produira à peu près ces mêmes effets. Une autre caractéristique avec lui, le name-dropping, il en utilise autant que d’ad-libs. En tout cas les faits sont là. Sa notoriété est telle qu’il a su attirer sur Luv is Rage 2 les faveurs de superstars telles que Pharrell Williams (avec le neptunien « Neon Guts » qui apparaît sur l’album comme un météore dans un ciel étoilé) et The Weeknd pour un autre single assuré (« UnFazed »). Deux featurings très black pop, ça matche avec son style.

Ce premier album (officiellement on dira) de Lil Uzi Vert n’est forcément pas la plus intéressante de l’année comparé à ce qu’on a pu écouter avec d’autres jeunots comme Kodak Black, Lil Yachty ou 21 Savage. Chacun sort du lot à sa façon, mais lui plus que les autres. On le savait avant d’écouter et ça se confirme avec Luv is Rage 2, que Lil Uzi Vert est un bien curieux personnage, que ça allait marcher du tonnerre, qu’il serait capable d’accrocher n’importe quel jeune auditeur sur les plateformes de streaming autant que sur les ondes radio. C’est bien le fruit de notre époque, et il sera un indicateur important pour la suite, il déterminera si ce style de rap n’est qu’un épiphénomène global ou un sous-genre là pour durer.

Avec la participation de Kevin SURL

 

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