Ka « Honor Killed the Samurai » @@@@


Découvert par GZA et Roc Marciano, Ka, cet ancien membre des Naturel Elements, n’est qu’un court pseudonyme que seuls quelques auditeurs très avertis connaissent. Il est tellement underground que ses sorties tiennent pratiquement de l’artisanat. Propre gérant de son label Iron Works et son propre producteur, Ka continue ses livraisons depuis Brownsville, sa quatrième ici avec Honor Killed the Samurai. Une discrétion qui n’a pas empêché son vécu d’éclater au grand jour dans le NY Post…

Kaseem Ryan, de vrai nom, 44 ans, a eu droit à un article quelque peu incendiaire dans le journal new-yorkais, et pas du tout pour parler de ce dernier album. Non, le motif sous-jacent de ce brûlot était de pointer du doigt quelques lyrics anti-keuf du rappeur, jusque-là un exercice courant quand on est un journaliste ignorant dénigrant le rap gratuitement, tout en révélant au passage que Ka est « dans la vraie vie » le capitaine d’une caserne de pompier de NYC, et alors que, de par la nature de son statut professionnel, son activité de rappeur, c’est mal. Rebondissant sur cet article très intrusif, inutile, puant et stupide, El-P en personne lui est venu à sa rescousse sur Twitter pour défendre l’intégrité du rappeur, dire qu’il fait un courageux métier et pour vanter ses talents d’artistes hip-hop. L’auteur mériterait de faire hara-kiri à sa dignité.

Heureusement, comme l’indique le titre de l’album, ce n’est pas un torchon qui va salir l’honneur de Ka. Ce n’est pas un tabou non plus que des rappeurs aient un job comme activité principale parce que le rap ne permet pas de faire bouillir la marmite. Et au moins, lui, les faits qu’il décrit dans ses fictions réalistes ne sont qu’une description de la réalité, celle de la rue, de l’état d’esprit des gens qui y vivent, le truc le plus basique et terre-à-terre qui soit quand on fait du rap, et Ka s’y emploie avec énormément de principes, avec méthode, et sans violence. Son art de dessine quelque part entre Roc Marciano et le Wu avec Ghost Dog comme mentor, son storytelling est très littéral et sa prose se débite dans le plus grand des calmes, avec sa voix sombre et légèrement enrouée. Pour les instrus (plutôt que des beats à proprement parler), le terme de ‘boucles’ est plus approprié que des samples, comme le fait Roc Marcy. Il y a un côté hypnotisant qui captive l’auditeur et focalise l’attention sur la voix et les textes. L’atmosphère est orientale sur quelques titres, pour être raccord avec le code du samouraï, avec parfois des extraits de films (« Illicit Fields« ). Les plus attentifs reconnaîtront le sample utilisé par IAM pour « Un Bon Son Brut Pour les Truands » sur « That Cold And Lonely« .

Court par sa durée (36 minutes), featuring-free, Honor Killed the Samurai est un diamant brut non dépoli et imparfait qui brille par sa simplicité. Ka prouve un individu très digne, dans la vie comme derrière un micro, un spartiate dévoué à de nobles causes qui force le respect.

Une réflexion sur “ Ka « Honor Killed the Samurai » @@@@ ”

  1. Joli article pour un joli album ! J’ai halluciné sur la piste 9 (à partir de 1’30 avant la fin du morceau): sample « Le cimetière des Arlequins » (début de piste) de Ange, groupe de rock/punk/metal français créé en 1969. La grande Klasse avec un K!

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