Ça fait depuis quelques temps que les américains ont cette fâcheuse tendance à se mettre à l’électro et la dance importée d’Europe. J’en avais déjà longuement parlé dans la chronique de R.O.O.T.S. de Flo Rida, car son nouvel album est le cliché type du rappeur commercial anti-hip hop. Et je ne parle pas de Akon qui nous arnaque avec son r&bling-bling en plastique. Evidemment, il existe des artistes électro-hop hypertalentueux (Spank Rock) et des mélanges des genres qui font fureur, mais c’est difficile d’accepter le fait que les américains pompent maladroitement la mauvaise techno, ces vieux tubes de l’été qui ont terrassé les campings et les boîtes de nuits pour beaufs. L’américain lui ignore le fait que T.I a samplé O-Zone et Flo Rida Eiffel 65, heureusement pour lui, il est préservé du ridicule. C’est mieux de dire que Kanye a samplé les Daft Punk pour « Stronger » et que Timbaland fait de la musique pour le marché européen. Mais pour moi, c’est comme si on devait subir une seconde couche de cette musique dance pourrave. Alors quand les Black Eyed Peas dérivent dans ce filon en y mettant une dose d’autotune, c’est la fin des haricots (ou des petits pois). Avec The E.N.D., le rap des B.E.P., c’est game over.
Quand j’ai su que Will.I.Am avait collaboré avec David Guetta pour ce cinquième album (notamment sur le single « I Gotta Feeling »), j’étais paumé. Je suis content que les français se fassent connaître aux Etats-Unis et ont du succès, qu’il y ait une connexion inter-Atlantique. Mais… comment dire. Je m’oppose à ce mariage parce que je n’aime pas cette mentalité franco-française de vouer un culte à la jet-set et au bling-bling, ça me fout la nausée tous ces trucs superficiels. Martin Solveig aurait été selon moi un meilleur choix musicalement parlant, Bob Sinclar c’est kif-kif avec David Ghetta. Et superficiel, c’est le terme qui me vient en grand à l’esprit une fois que j’ai entièrement écouté The E.N.D., qui signifie ‘The Energy Never Dies’. C’est sûr que cet album va coûter cher en électricité tellement ça va être massivement joué partout dans le monde, de Californie à Ibiza !
Pourtant, les beats de Will.I.Am n’ont pas changé, mais ses prods sont devenues plus minimalistes et perverties (ringardisées?) par cette nouvelle mode dont raffole les jeunes consommateurs de gel en jean slim ceinturés D&G. Franchement j’avais kiffé son génial Songs About Girls à mi-chemin entre électro-r&b et disco-pop, alors que sur « Boom Boom Pow », son style s’est sensiblement appauvri au point de n’être que du rythme et du chant robotisé. Hélas, c’est ce qui fonctionne grave en ce moment, on ne peut rien y faire. C’est si exaspérant que, sous l’effet de la dénégation, j’apprécie maintenant leurs deux précédents albums, Elephunk et Monkey Business !
Sincèrement, j’ai bien aimé certains titres comme « Imma Be », « Rockin That Beat » et « Out Of My Head » pour leur côté house. Pour le reste, c’est la dance et électro très commune et accessible à tous. Véritables passionnés de culture électro et hip-hop trouveront ça repoussant, ça se comprend. Les Black Eyed Peas n’a plus rien à voir avec le groupe de rap super sympa que l’on a découvert à la fin des années 90. Fergie prend beaucoup trop de place au sein du groupe et Taboo et Apl.de.ap ne sont plus que des faire-valoirs obligés de se déguiser en bobo-danseur de Tecktonic pour avoir l’air de servir à quelque chose. J’ai pitié pour eux deux tellement ils sont devenus useless.
De groupe pop rap ultra-commercial, les Black Eyed Peas ont franchi un cap irréversible avec The E.N.D. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est de la daube puisqu’il y a des tas de gens qui aiment ce genre de musique sponsorisée par les radios nationales à forte audience 12-25 et qui danseront dessus tout l’été en boîte et même après. Qu’ils assument ce qu’ils font, c’est bien, mais qu’ils essaient de faire passer ça pour de l’électro-hop, le public rap n’est pas dupe, ça serait même nous prendre pour des idiots.


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