John Robinson « Who is this man? » produced by MF Doom @@@@


Qui est cet homme ? Un acteur, un basketteur, une personnalité politique ? Pas évident de voir son visage à contre-jour sur la pochette, ça aurait pu aider certaines à le reconnaître. Mais encore faudrait-il connaître d’abord John Robinson. Moi je le connais depuis The Blaxploitation Sessions des Scienz of Life, LP sorti en 2006, puisqu’il fait partie de ce duo sous un autre blase, Lil Sci. Peu après il y a eu son solo The Leak Edition vol.2 que j’ai revendu ce début d’année (à regret mais je ne l’écoutais plus du tout) à Gibert Lyon. Sur place, le vendeur profite pour me glisser que le nouveau John Robinson produit par MF Doom est meilleur que l’album dont je me séparais. Intéressant, je garde le conseil, surtout que le gars sous-entendait également qu’il s’y connaissait en hip-hop. Du coup, comme un automobiliste vendant sa voiture pour racheter le nouveau modèle, je me suis procuré Who is John Robinson?, produit par un MF Doom sur le retour ! C’est un juste retour des choses puisque l’homme au masque de fer a produit le premier maxi des Scienz of Life en 2001.

Oula, j’ai répondu complètement à côté de la question. Donc qui est John Robinson ? Bah vous n’avez qu’à vous prendre ce skeud et vous le saurez, la réponse se trouve dedans. En plus produit par un type dont on n’a jamais le visage. Un comble.

Mais ne pas révéler son identité outre son nom ne veut pas dire non plus que ça va m’empêcher de parler de cet album fumeux et fameux. Pour ceux qui ont fait l’acte d’acheter ce disque – et je leur dis bravo pour cet excellent choix – verront dans le livret toute la discographie de Mr Robinson et les Scienz of Life, même tous leurs side-projects y sont répertoriés. Avec ces informations, vous pourrez jouer les détectives vous écouter quelques de ces albums comme bon vous semblera, afin de retracer le passé cet individu.

Le voile du mystère se lève avec « Outside Perspective », un morceau intelligent dans la mesure où c’est notre point de vue extérieur qui détermine comment est ce rappeur au micro. De mon point de vue, il est brillant, son flow est plus rythmé par rapport à mes souvenirs et ses lyrics habilement écrits, avec une part de fiction ou d’imagination, toujours très réaliste dans tous les cas, encore plus quand il parle de sa propre expérience. Passionné par son art et dévoué pour son art. Quant à la prod de MF Doom, elle est très belle, avec un joli sample de Soul, finement poussiéreux et sans épluchage spontané, avec un supplément de scratches de DJ Rhettmatic. Presque méconnaissable par rapport à ce qu’il faisait par le passé. On m’aurait demandé qui produit cette track, je n’aurai pas deviné au premier coup d’oeille. Il est vrai que le premier morceau nous apporte une première indication qui va doser notre enthousiasme sur ce qui va suivre suivant si c’est positif ou non. Et là je suis drôlement curieux…

Aïe j’ai peut-être parlé un peu vite : « Indy 202 » recycle un beat de Ghostface Killah, « Jellyfish » sur FishScale. C’est depuis cet album justement que Doom s’est bizarrement absenté de la production. Je ne m’étalerai pas trop sur ce long hiatus (sinon je n’aurai plus rien à dire pour son nouvel album qui sort le 24 Mars), j’ajouterai simplement qu’il est possible qu’il soit peu atteint par le « syndrôme RZA », c’est-à-dire qu’il recycle ses propre beats ou reproduit quelque chose de similaire. Heureusement, uniquement ce titre est concerné donc j’espère que mon hypothèse ne se vérifiera pas à l’avenir, et John Robinson a une présence incroyable, reléguant les orgues en continu au second plan. De toute façon, ce serait une grave erreur pour moi qui suit biostatisticien de métier de généraliser sur un seul cas. À défaut de ça, il reprend des boucles de Soul et de Jazz qu’on a sûrement déjà entendu quelque part, le genre d’air de déjà-vu dont on est incapable de dire d’où ça vient et encore moins de citer l’oeuvre originale partiellement ponctionnée. Mais quand c’est Metal Fingerz Doom qui échantillonne, le résultat a toujours une saveur qui lui est propre. Comme pour son alter-ego, le Madvillain Madlib, le sampling est un art, chose qui n’a d’argument que de juger par soi-même des titres comme « Black Gold », « Expressions » ou le romantico-fantastique « There She Goes ».

Ravi de voir que Doom a profité de son silence relatif de bientôt trois ans pour renouveler son style. Ses sons sont devenus plus clairs, moins grésillant, avec des beats adaptés au profil des samples et des rajouts de sons parfois fun et improbables qui font sa touche perso (il y a comme un rire qui ressemble à des aboiements sur « The Truth »). Et plus facile d’accès qu’avant, ce qui est une mini-révolution à son échelle. Ce qui compte c’est d’avoir juste un bon sample à exploiter, comme le funky « The Replenish » pour être plus explicite. À contrario, « Rapsploitation » fait sourire. MF Doom arrive encore à nous décontenancer en tournant une superbe boucle jazzy à mort en milieu de route. Au départ, on ne sait pas trop sur quel pied danser mais quelques secondes plus loin, tout redevient normal. C’est aussi qui nous fait kiffer ce génie de la MPC. Attendons de voir ce qu’il nous réserve comme surprise pour Born Like This.

Mais il n’y a pas que MF Doom qui soit remarquable, mais l’homme dont on s’interroge depuis tout à l’heure l’est tout autant. Je parlais de son emceeing qui est réellement très très bon, mais il possède ce truc magique qui le démarque nettement de quiconque : une voix caractéristique qui fait qu’en un seul contact, on peut le reconnaître ailleurs dans un autre contexte les yeux fermés. Son timbre est clair et ses cordes vocales semblent traversées par des volutes de fumée à chaque expiration, son articulation parfaite donc chaque syllabe distinguable et des thèmes conceptuels comme « Rapsploitation », dont je vous cache pas qu’il s’agit de mon préféré de l’album avec « Sorcerers ». John Robinson a choisi « Invisible Man » pour son premier extrait, ce qui n’aide franchement pas à éclaircir la vue. Paradoxal et comique quand on s’aperçoit qu’un de ses acolytes porte le pseudonyme d’Invisible Hands, que l’on retrouve sur le second extrait, « Outta Control », un son hip-hop new-yorkais dans l’âme mais comme s’il était sorti de chez Stones Throw. Là c’est MF Doom qui brouille les pistes une fois de plus. Pis ça n’a pas l’air si simple de poser sur des beats imprévisibles comme « Shrink Rap », « Rapsploitation », « Crazy Music » ou même « Outta Control ». Je tire mon chapeau (pour de vrai j’en ai un).

Who is This Man? m’a fallu deux écoutes d’une traite pour que je puisse enfin en apprécier pleinement ses subtilités et ses moindres recoins. Le MC fait très forte impression et je suis vraiment content du travail du MF Doom. Cette combinaison ‘reformée’ fait des merveilles, comme un bon Dudley Perkins produit par Madlib. Promis juré, celui-là, je le garderai précieusement. À venir prochainement l’album en commun de John Robinson & J-Rawls alias les JayARE et un nouveau Scienz of Life prévu pour cette année. Sans oublier le come-back de MF Doom fin Mars avec BORN LIKE THIS. À force de le redire, on va finir par le savoir. Alléchant comme programme !

 

 


5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Niko dit :

    Magnifique album qui vaut bien cette note,presque trop basse comparer aux nombres de merdes soi disant hip hop qui submerge nos bacs en ce moment.L’univers de ce LP est très different du dernier MF Doom peut-etre a cause ou grace a Lil’Sci alias John Robinson qui s’accorde parfaitement aux sons souvent joyeux concocté par MF Doom,on a droit bien sur aux beats recyclés mais aussi de toutes nouvelles prods du villain masqué qui prouve qu’il peux encore nous surprendre (si,si!).En tout cas nouveau duo réussi pour DOOM et première sortie digne de ce nom pour John Robinson.

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  2. beber dit :

    Très bon album j’ai bien aimé le tout dans l’ensemble, bon beat, belle performance du MC, sa voix me faisait presque penser celle de DOOM! S’il y avais pas eu le nom John Robinson j’aurais presque cru que c’était un album de Doom Xd. Bref, par contre l’album de Doom, avec tous les commentaires que j’ai lus et les extraits que j’ai pu entendre je le sens un peu mal…. Wait and see comme on dit

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  3. Anonyme dit :

    Très bon album j’ai bien aimé le tout dans l’ensemble, bon beat, belle performance du MC, sa voix me faisait presque penser celle de DOOM! S’il y avais pas eu le nom John Robinson j’aurais presque cru que c’était un album de Doom Xd. Bref, par contre l’album de Doom, avec tous les commentaires que j’ai lus et les extraits que j’ai pu entendre je le sens un peu mal…. Wait and see comme on dit

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  4. plb dit :

    Je crois que c’est maintenant John Robinson qui est atteint de Paresso-Domilite (j’ai trouvé tout seul lol) son couplet sur « Crazy Music » http://www.youtube.com/watch?v=jtD9Jljdssw et le meme que sur « Next Levels » (titre qui date de 2003) http://www.youtube.com/watch?v=ZeE4nXD-7_g

    J’écoute un peu plus et je te dis qu-est-ce j’en pense

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